Cela s’est passé un 13 mai

Le 13 mai 1849. Les élections législatives sont remportées à une large majorité par le « Parti de l’Ordre ».

La seconde République est proclamée le 25 février 1848 après seulement deux jours de révolution. C’en est fini de la monarchie, pense-t-on. L’heure est aux grandes réformes sociales : suffrage universel (masculin seulement..), abolition de l’esclavage…

Dès le 27 février 1848, le droit au travail est proclamé, et l’État, sous l’impulsion de Louis Blanc, ouvre des ateliers nationaux pour employer les chômeureuses à des travaux d’utilité collective. Le projet est rapidement victime de son succès. A Paris, les ateliers nationaux étaient initialement prévus pour 10000 chômeureuses. Leur nombre atteint 60000 le 15 avril et 120000 à la mi-juin. Ingérables financièrement, les ateliers nationaux, que leurs détracteureuses appellent volontiers les « râteliers nationaux » sont fermés après un vote de l’Assemblée le 21 juin 1848. Ce que l’on sait moins c’est que les ouvriers de 18 à 25 ans qui étaient employés dans les ateliers reçurent l’ordre de s’enrôler dans l’armée.

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Horace Vernet, La barricade de la rue Soufflot, 24 juin

Le 23 juin 1848, les premières barricades s’élèvent dans Paris, près de la porte Saint-Denis et sur la rive gauche. L’Assemblée vote la mise en état de siège de la capitale et confie au général Cavaignac les pleins pouvoirs pour rétablir l’ordre. Le 25 juin, Cavaignac lance l’offensive à outrance, déchaînant la répression. Il y a environ 4000 morts chez les insurgé.e.s et 11 000 d’entre elleux sont interné.e.s ou déporté.e.s en Algérie. Et George Sand de témoigner : « Je ne crois plus en une république qui commence par tuer ses prolétaires ». Quand à Cavaignac, porté et adulé par les conservateurices, il est nommé président du Conseil (l’équivalent de notre premier ministre actuel). Conservateurices qui vont développer et entretenir, une fois n’est pas coutume, une véritable haine viscérale envers « le péril rouge ».

Nous en venons donc aux élections législatives du 13 mai 1849. Ces dernières sont précédées d’une intense campagne électorale, où s’opposent pour la première fois deux mouvances bien définies :
– d’un côté le « Parti de l’Ordre », qui réunit tous les conservateurs (royalistes légitimistes et royalistes orléanistes, bonapartistes,…) autour d’un slogan : Ordre, Propriété, Religion qui semble laisser encore rêveur certain.e.s de nos contemporain.e.s
– de l’autre, la gauche républicaine qui a emprunté aux révolutionnaires d’antan le nom de « Montagne », de quoi effrayer pour de bon les modéré.e.s et conservateurices de tous poils.

Entre ces deux extrêmes, les républicains modérés (les « hommes de 48 », comme Lamartine, ou Marie) sont laminés. S’en est fini de la « gauche molle » Le scrutin ne leur donne qu’environ 70 sièges sur 715. Les montagnards de l’extrême-gauche en remportent 200 et le Parti de l’Ordre réactionnaire 450 ! Conservateurices et monarchistes redoutent cette poussée de l’extrême-gauche montagnarde et sa désormais solide implantation géographique dans des territoires qui n’étaient pas auparavant nettement acquis à la gauche. Lors des journées de Juin 1848, la seconde République se disqualifie, perd sa composante socialiste, et bascule durablement « à droite ».

Bien sûr, toute analogie avec les événements récent serait purement fortuite

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Cela s’est passé un 4 mai

Le 4 mai 1939. Publication à la Une de L’Oeuvre de l’article « Faut-il mourir pour Dantzig ? » de Marcel Déat, député socialiste et pacifiste âgé de 45 ans. Agrégé de philosophie en 1920, membre de la SFIO depuis 1914, député socialiste de la Marne en 1926, il est exclu du Parti socialiste en 1933 suite à son opposition à Léon Blum. Il devient secrétaire général du Parti socialiste de France qu’il fonde avec les « néo-socialistes » et dont la devise est « ordre, autorité, nation ». Il est alors membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et un militant infatigable contre l’antisémitisme.

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Déat affirme son « pacifisme » et plaide dans « Faut-il mourir pour Dantzig ? » pour un soutien limité de la Pologne que menace l’Allemagne nazie. Une Allemagne hitlérienne qui, après avoir brutalement annexé la Bohême-Moravie, revendique le port de Dantzig dont la population est majoritairement allemande. Dantzig est en fait une « ville libre », un statut institué par la traité de Versailles de 1919 pour donner à la Pologne un accès portuaire à la mer Baltique. Dantzig coupe en deux le territoire du IIIe Reich.

C’est dans ce contexte que Marcel Déat publie le 4 mai 1939 « Faut-il mourir pour Dantzig ». Il ne recueille pas l’assentiment dans l’opinion publique. Comme de nombreux autres intellectuels pacifistes de gauche, il évolue très vite vers la Collaboration, une fois la Wehrmacht ayant envahi la Pologne puis la France. En 1939, il devenait député « Rassemblement anticommuniste »

Il vote ainsi les pleins pouvoirs à Pétain et tente la fondation d’un parti fasciste unique en juillet 1940. Partisan d’une totale collaboration franco-nazie, il reproche à Vichy sa tiédeur. Il fonde le 1er février 1941 le Rassemblement national populaire (RNP) destiné à « protéger la race » et à collaborer avec l’Allemagne. Il est un des fondateurs de la Légion es volontaires français. Il devient ministre du Travail et de la Guerre du gouvernement Laval en 1944. Laval que Marcel Déat qualifie de « plus brillant des socialistes de son époque ». Il quitte Paris le 17 août 1944, est reçu par Hitler le 11 septembre en compagnie de Doriot, Darnand et Brinon. Il s’enfuit en Italie le 21 avril 1945, est soutenu dans sa fuite par des religieux catholiques. Condamné à mort par contumace le 19 juin 1945, il se fixe en avril 1947 dans le couvent de San Vito, près de Turin, où il meurt en 1955.

Une fois de plus… il est parti socialisme