Août 2016 – Mon royaume pour un maillot de bain !

Chroniques absurdes du royaume de fRance

Août 2016 – Mon royaume pour un maillot de bain !

 

2 août : Attentat-suicide en Libye (15 mort.e.s). Le royaume s’en fout.

6 août : Attaque terroriste à la machette en Belgique (aucun.e mort.e). Le Royaume sous le choc.

8 août : Attentat terroriste au Pakistan (70 mort.e.s). Le Royaume s’en fout.

9 août : Réjouissances dans la fachosphère : la journée Burkini a Pennes-Mirabeau (13) est annulée.

9 août : fRance 2, chaine du service public, souligne le caractère « nécessaire » de l’esclavage.

10 août : Entrée en vigueur de la loi travaille. Chose promise, chômdu !

15-16 août : La fachauvinosphère s’aperçoit, horrifiée, lors du concours à la perche des JO de Rio que le chauvinisme n’est pas une exclusivité fRançaise.

16 août : Trois maillots de bain font trembler la fachosphère.

17 août : La Valls islamophobe est de retour. De gauche à droite, c’est l’union fachionale.

19 août : fRançois Hollande, « c’est pas de bol » le chômage.

22 août : Le petit Nicolas fait sa rentrée. Il promet d’être sage et de faire tout pour la fRance, mais tient déjà des propos discriminants et oppressifs.

24 août : fusillade à Kaboul (16 mort.e.s). Le royaume s’en fout.

24 août : La Valls a « des amis français de confession musulmane ».

26 août : La fachosphère déplore tristement que les maillots de bain ne soient pas des troubles à l’ordre public.

26 août : Crise du lait. Augmentation du coût de l’oppression systémique de 1,5 %.

27 août : La fachosphère entend bien, à tout prix, déterminer quel maillot de bain est légal et lequel ne l’est pas.

28 août : Campagne pour la primaire à droite : petites piques entre amis fascistes.

29 août : Attentat au Yémen (71 mort.e.s). Et le royaume s’en fout toujours.

29 août : Jean-Pierre Achèvemoietment, au nom de la laïcité et du vivre ensemble – c’est important de le rappeler – souhaite l’instauration d’une « taxe halal ». Parce que, quand même, on est en fRance ici, merde !

30 août : Macron démission ! Macron démission ! Comment ça, ce n’est plus la peine ?! En tout cas, ça sent le sapin au Ministère de l’Économie.

Cela s’est passé un 15 août

Le 15 août 1550. Ouverture de la controverse de Valladolid, au nord-ouest de l’Espagne. Souhaité par l’empereur Charles Quint, aussi roi d’Espagne, un demi-siècle après la prétendue « découverte du « nouveau » monde », Charles Quint décide la suspension des entreprises de conquête en Amérique, le temps qu’à Valladolid, d’éminents religieux débattent sur le point de savoir s’il est légitime ou non de convertir les Amérindien.ne.s par la contrainte et de les soumettre aux travaux forcés.

Contrairement à une légende encore profondément enracinée, il ne s’agit donc pas de déterminer si les Amérindien.ne.s ont une âme. Dès les premiers voyages (pillages ?), la question avait été tranchée par l’affirmative, la reine Isabelle de Castille ayant elle-même réclamé à ce qu’iels soient traité.e.s en « hommes libres ». N’en faisant qu’à leur tête, les conquistadors s’arrogèrent le droit de contourner ces injonctions et d’asservir les Amérindiens, au grand bénéfice économique – cela dit en passant – de la couronne espagnole.

La controverse à Valladolid se poursuit jusqu’à la mi-avril 1551. Elle oppose notamment le chapelain de l’empereur, Sepulveda au dominicain Las Casas, ex-évêque du Chiapas au Mexique.

Portrait de Juan Ginés de Sepulveda, 1791
Portrait de Juan Ginés de Sepulveda, 1791

Le premier (Sepulveda donc)  est un partisan de la conquête. Théologien de renom, il combat les thèses luthériennes et prétend débattre de la colonisation des Amériques et de la conversion des Amérindien.ne.s, un sujet dont il ne connaît rien. Il défend notamment l’idée que les Amérindien.ne.s sont d’horribles êtres cruel.le.s, qui s’adonnent aux sacrifices humains. Et qu’il est donc nécessaire de leur apporter l’humanité et de sauver les victimes de ces rituels macabres, leur assurant le Salut par le baptême.

Son contradicteur (Las Casas), rappelle les souffrances infligées par les colons aux Amérindien.ne.s. Il soutient que la pratique du sacrifice humain procède d’un sentiment religieux, celui d’offrir à Dieu ce qu’on a de plus précieux, la vie humaine. Las Casas, aussi discutable soit sa pensée, est une des premier.e.s européen.ne.s à mettre en avant « la relativité de la notion de barbarie ».

Portrait de Bartolomé de Las Casas
Portrait de Bartolomé de Las Casas

De cette controverse de Valladolid, c’est plutôt Las Casas qui émeut Charles Quint. Ce dernier tente alors de limiter et servir contre les abus des colons en Amérique. En vain. Ces derniers ignorent les injonctions impériales et continuent leurs exactions. Tout au mieux, retiennent-ils une seule des propositions de Las Casas : celui-ci, considérant les Amérindien.ne.s des plateaux inaptes au travail dans les plantations, recommande de recourir à des « travailleur.euse.s » (lire esclaves) africain.e.s…

Cela s’est passé un 13 août.

Le 13 août 1792. Le roi de France Louis XVI et sa famille sont incarcérés dans la prison du Temple.

Désagrégation du pouvoir central, multiplication des rumeurs, des complots, menace des armées étrangères, insécurité, multiplication des bandes de brigands, telle est l’atmosphère pesante de suspicion et de violence qui règne en cette année 1792. Le tocsin sonne à la moindre occasion, les citoyens s’arment de piques, de faux, et d’armes de diverses factures. Des mouvements de foules déchaînées se déclenchent brutalement. Aux Tuileries, le 10 août 1792, alors que le roi et sa famille se sont réfugiés à l’Assemblée législative, les gardes suisses et les domestiques sont inutilement massacrés, tandis que le palais est pillé.

C’est alors que, le lundi 13 août 1792, vers 17 heures, deux fiacres conduisent la famille royale à la prison du Temple gardée par 300 soldats. Louis XVI est d’abord installé au troisième étage du donjon avec deux serviteurs. La reine et sa fille occupent une chambre du deuxième. Le dauphin est deux dames de compagnie sont dans deux petites pièces attenantes.

Plan de la Tour du Temple servant de prison à Louis XVI et de s
Plan de la Tour du Temple servant de prison à Louis XVI et de sa famille Depuis le 13 août 1792 jusqu’au 19 décembre 1795 – Sans date.

Les débuts du séjour sont relativement tranquilles, si l’on excepte les fouilles imposées au roi qui finit par ne plus paraître que les poches retournées ! Mais les choses se dégradent rapidement. Le commissaire Godard interdit une table de multiplication destinée aux enfants car il y voit une grille pour chiffrer des messages secrets. Cléry, le valet du roi, demande une couverture pour le lit du dauphin. On lui enjoint de ne plus désigner Louis XVI et son fils que par « Louis » et « Louis-Charles Capet ».

Jean-François Garneray, Louis XVI à la Tour du Temple
Jean-François Garneray, Louis XVI à la Tour du Temple.

En décembre, le roi, mis en accusation, ne peut plus voir les siens « attendu la complicité présumée de toute la famille ». Louis XVI rédige son testament le 25 décembre 1792. Tout se passe alors très vite. Le 15 janvier 1793, la Convention prononce la culpabilité du roi pour « conspiration contre la liberté publique et la sûreté générale de l’État » par 691 voix pour et 10 abstentions. Entre les 16 et 17janvier, le vote relatif à la sentence à appliquer donne le résultat suivant : 361 voix pour la mort immédiate du roi, contre 360.

Le lundi 21 janvier 1793 vers 10 heures, les prisonniers entendent des salves d’artillerie, des roulements de tambours et des cris de joie à l’extérieur. Louis XVI est mort. Le dauphin Louis-Charles devient Louis XVII, un prisonnier plutôt encombrant…

Et nous terminerons sur le mot de Montesquieu : « Malheureux, le roi qui n’a qu’une tête ».