L’hétérogénéité (scolaire) est une chance

L’hétérogénéité (scolaire) est une chance

Tout d’abord : qu’est-ce que l’hétérogénéité ?

L’hétérogénéité désigne des éléments de nature différente et/ou répartie de façon inégale. Appliquée au monde scolaire, l’hétérogénéité est communément admise comme les différences au sein d’un groupe d’élèves ou d’une classe, différences qui se déclinent en termes de savoir, de savoir faire, et de savoir-être. Étymologiquement, le mot « hétérogénéité » vient du grec heteros (« autre ») et genos (« origine ») et désigne donc les différences d’origine, ce qui n’a pas la connotation négative que porte « l’hétérogénéité » aujourd’hui. Dans sa conception la plus restrictive, l’hétérogénéité est en effet considérée comme une contrainte, comme la différence « de niveau » entre les élèves. Comme s’il fallait opposer de « bons élèves » à de « mauvais élèves ».

Quelle posture peut être adoptée par les enseignant.e.s face à l’hétérogénéité ?

Comme souvent lorsque l’on rencontre un problème ou que l’on est confronté à une inégalité, il convient de se déconstruire. L’hétérogénéité n’est pas un monstre qu’il faudrait tuer, ni une contrainte insurmontable face à laquelle il faudrait se défiler. L’hétérogénéité comme une épée de Damoclès, mais comme une réelle chance à mettre en œuvre au service des apprentissages des élèves. De ce fait, il faut faire une distinction nette entre l’ « hétérogénéité » et les « inégalités d’apprentissage » auxquelles font face les élèves. En effet, les élèves ne sont pas tou.te.s éga.ux.lles face aux apprentissages. Cela dépend de leur « background » social, mais aussi de façon plus insidieuse de l’image qu’ont les membres de la communauté éducative et les autres élèves d’elleux, mais aussi de l’image que les élèves ont d’elleux-mêmes. Un.e élève ayant de bons résultats et recevant une image globalement positive et valorisante de la communauté éducative, des autres élèves et de ses parent.e.s sera davantage dans une posture favorisant la réussite face aux apprentissages. Ainsi, ce sont les inégalités scolaires qui renforcent les inégalités scolaires, et non l’hétérogénéité. Tout au contraire, je considère que l’hétérogénéité peut être une chance dans la lutte contre les inégalités scolaires. Les inégalités sociales construisent et renforcent les inégalités scolaires. Il convient à l’école de s’assurer que les inégalités scolaires initiales ne viennent pas renforcer les inégalités sociales existantes. Il conviendrait aussi pour les enseignant.e.s et la communauté éducative de déconstruire le « culte des différences » et de plutôt prendre en compte les particularités des élèves. Là où le terme de différence suggère une opposition entre les élèves, celui de particularité permet de considérer les élèves pour ce qu’iels sont : des individu.e.s uniques et exceptionnel.le.s. A cet égard, l’hétérogénéité au sein d’une classe est une chance !

Se servir des particularités des élèves pour les motiver

Pour lutter contre les inégalités scolaires et assurer la bonne disposition des élèves face aux situations d’apprentissage, une des meilleures solutions reste encore de les intéresser et de les motiver. A cet égard, il est possible de se servir des particularités des élèves. Tous les élèves possèdent des compétences et des capacités qui leur sont propres. La prise en compte de ses particularités, qui font l’unicité des élèves, permet notamment de répondre à la quatrième compétences du référentiel de compétences des enseignants : « Organiser et assurer un mode de fonctionnement du groupe favorisant l’apprentissage et la socialisation des élèves ». Prendre en compte les particularités des élèves permet aussi, entre autres, de favoriser une émulation positive, qu’il faut différencier de la compétition, entre élèves, en permettant de « favoriser la participation et l’implication des élèves pour créer une dynamique d’échanges et de collaboration entre pairs ». La prise en compte de ses particularités, notamment lors des activités de groupe permet de viser ce qui devrait être la finalité principale de l’éducation : rendre les élèves curieux sur le monde qui les entoure, en les invitant à se poser des questions et à ne pas hésiter à remettre en question leur comportement ou des pratiques sociales lorsqu’elles sont discriminantes. Cette prise en compte est ainsi un élément déterminant pour la formation des élève à la vie démocratique, pour assurer des relations sociales pacifiées et le « vivre ensemble ». Là encore, l’hétérogénéité et les particularités des élèves sont une chance.