Raoul Vaneigem, Déclaration des droits de l’être humain

Auteur : Raoul Vaneigem

Titre : Déclaration des droits de l’être humain ; sous-titre : De la souveraineté de la vie comme dépassement des droits de l’homme

Date : 2001

Tags : liberté ; droits ; vie ; bonheur ; conscience

Déclaration droits être humain

Résumé :

« Il règne aujourd’hui, dans le monde, une situation similaire à l’état de la France à la veille de sa Révolution, et le propos de Barnave demeure pertinent, qui saluait ainsi la Déclaration du 26 août 1789 :  » Il est indispensable de faire une Déclaration des droits pour arrêter les ravages du despotisme « . Cependant, l’histoire des libertés accordées à l’homme n’ayant cessé de se confondre avec l’histoire des libertés accordées par l’homme à l’économie, nous ne pouvons plus nous contenter de licences issues du libre-échange, alors que la libre circulation des capitaux fonde une tyrannie qui réduit l’homme et la terre à une marchandise. Nous refusons de nous satisfaire des droits abstraits que nous abandonne une société où l’emprise économique abstrait l’homme de lui-même.

Le temps est venu d’accorder la primauté à l’individu concret plutôt qu’à l’Homme en soi et à sa version citoyenne, commanditée par l’État. Les droits de l’être humain ne sont pas des droits acquis mais des droits à conquérir ; ils n’entrent dans aucune forme contractuelle et n’impliquent aucun devoir ; ils jettent les bases d’un style de vie en complète rupture avec une organisation sociale qui a économisé l’homme, le condamnant à la violence, à l’ennui et à l’absurdité d’une existence précaire.

La Déclaration des droits de l’être humain n’est qu’un signe, parmi d’autres, des progrès de la conscience et de l’émergence d’une civilisation où, pour la première fois dans l’histoire, chacun va tenter de créer sa propre destinée en recréant le monde. « 

Extraits choisis :

I- Critique de la déclaration des droits de l’homme

Les droits de l’homme se paient par des devoirs que fixe un contrat social immanent. Celui-ci impose à chaque individu d’acquitter le prix de sa survie aléatoire, en agréant un pouvoir supérieur auquel il est tenu d’obéir et dont il a pour mission d’accroître le profit. (…) A mesure que l’économie d’exploitation a étendu son emprise totalitaire au monde entier, elle a atteint un mode de survie autonome, que la reproduction du capital spéculatif suffit à lui assurer et qui suggère qu’à la limite elle peut se passer des hommes. (…) Le droit de survie, concédé à quiconque se l’approprie « à la sueur de son front », agit avant tout comme un sursis et un recours contre la condamnation à mort que l’économie prononce à l’endroit de celui qui ne travaille pas à en accroître la puissance.

II- Les libertés marchandes esquissent et nient les libertés humaines

La déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adoptée par l’Assemblée nationale française le 26 août 1789 (…) met fin juridiquement à l’Ancien Régime et inaugure un règne où les libertés sèmeront sans cesse les germes d’une subversion, qu’écrasera avec une égale opiniâtreté l’expansion économique qui en fut l’instigatrice. La première partie de l’article 1er « Les hommes naissent libres et égaux en droit » révoque à jamais l’odieux privilège de naissance des prétendus aristocrates (…) L’usage légitime que les régimes bourgeois et bureaucratiques ont tiré de la seconde partie « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » en a fait le modèle d’une honteuse hypocrisie (…) L’esclavage légal que perpétue le travail salarié n’a pas été, à ce jour, aboli.

III- Il n’y a pas de droits acquis, il n’y a que des droits à conquérir

Si l’humanisme remplace l’homme au centre de l’univers, c’est au cœur d’un monde qui l’aliène. le mot lui-même exhale un relent d’hypocrisie : il est payé par la marchandise à visage humain pour oublier qu’elle grave son inhumanité dans la chair de celui qui la produit. (…) Le contrat social selon lequel l’État accorde à l’homme un statut de citoyen relève d’un marché de dupe conforme à l’esprit du commerce. L’État possède en fait tous les droits et se trouve en position de n’en céder aucun, s’il le juge utile. (…) L’humanisme est le culte de l’homme aliéné. Supposés nous prémunir contre tout ce qui entreprend de les violer, les droits de l’homme sanctionnent de facto le caractère oppressif d’une communauté dont les intérêts lèsent ou contrarient ceux de ses membres.

IV- Des droits sans devoirs à la création d’un style de vie

S’il règne dans le monde entier une situation similaire à l’état de la France à la veille de sa révolution, nous ne pouvons nous borner à revendiquer des libertés qui sont issues du libre-échange, alors que la libre circulation des capitaux est désormais la forme totalitaire d’un système qui réduit l’homme et la terre à une marchandise. (…)
Les droits de l’être humain s’inscrivent dans une dialectique de vie en rupture avec la dialectique de mort qui a prévalu jusqu’à nos jours. Se souvenir de vivre abolit le temps du memento mori, « souviens-toi que tu dois mourir ».
Les droits de l’être humain prêtent une forme sociale à la conscience du vivant en tant qu’organisation humaine de la nature.
La seule manière de combattre le pire, c’est de s’obstiner à vouloir le meilleur.

V- Les droits

Article premier – Tout homme à le droit de devenir humain et d’être traité comme tel.
1. Un homme ne vaut ni par sa naissance, ni par son pouvoir, ni par son avoir. Son humanité fait sa seule valeur. Elle est la qualité dont découlent toutes les autres.
(…) La vie a été la matière première que le travail de l’homme économisé transforme en marchandise. Le projet de la dépouiller de sa corruption et de la transmuter en destinées particulières s’inscrit dans le devenir de l’humanité.

Article 2 – Tout être humain à le droit à la vie
(…)
2. Rien n’entre dans un projet de vie sans impliquer un dépassement de la survie, c’est-à-dire de la vie économisée. Le droit de vivre révoque le contrat social et existentiel imposé au nom de la survie de l’espèce et fonde le bien commun sur le bonheur des individus. A mesure que l’économie d’exploitation découvre son terme et son accomplissement dans le règne absolu de la marchandise, le droit de vivre devient aussi le seul garant de la survie de la terre et de ses espèces. (…)
3. Le droit à la vie n’est donné que dans la mesure où il est sans cesse conquis. La vie d’un seul est la vie de tous. (…)
4. Les droits de vivre excluent les droits que la mort s’est arrogée jusqu’à présent en perpétuant l’esprit de fatalité et la résignation aux lois de la prétendue nécessité. Il n’y a pas de liberté d’opprimer, de tourmenter, de tuer, de maltraiter, d’affamer, de contraindre, de subordonner, de mépriser, de juger, de détruire…

Titres du reste de l’ouvrage

Article 3 – Tout être humain a droit à l’indépendance

Article 4 – Tout être humain a droit au savoir

Article 5 – Tout être humain a droit au bonheur

Article 6 – Tout être humain a droit à la libre disposition de son temps

Article 7 – Tout être humain a droit de se déplacer où et comme il l’entend

Article 8 – Tout être humain a droit à la gratuité des biens utiles à la vie
Article 8a – Tout être humain a droit de disposer d’un logement accordé à ses désirs
Article 8b – Tout être humain a droit à une nourriture saine et naturelle
Article 8c – Tout être humain a droit à la santé
Article 8d – Tout être humain a droit au confort et au luxe
Article 8e – Tout être humain a droit à la gratuité des modes de transports mis en place par et pour la collectivité
Article 8f – Tout être humain a le droit de jouir gratuitement des ressources et énergies naturelles

Article 9 – Tout être humain a le droit d’exercer un contrôle permanent sur l’expérimentation scientifique afin de s’assurer qu’elle sert l’humain et non la marchandise

Article 10 – Tout être humain a droit à la jouissance de soi, des autres et du monde
Article 10a1 – Tout être humain a droit à l’alliance avec soi
Article 10a2 – Tout être humain a le droit d’être lui-même et de cultiver la conscience de sa singularité
Article 10a3 – Tout être humain a droit à l’authenticité
Article 10b1 – Tout être humain a droit à l’alliance avec ses semblables
Article 10b2 – Tout les êtres humains ont le droit de se grouper par affinité
Article 10b3 – Tout être humain a le droit de substituer aux gouvernements étatiques une fédération mondiale de petites collectivités locales où la qualité des individus garantisse l’humanité des sociétés
Article 10c – Tout être humain a droit à l’alliance avec la nature
Article 10d – Tout être humain a le droit de réconcilier avec sa part d’animalité

Article 11 – Tout être humain a le droit de se construire sa propre destinée

Article 12 – Tout être humain a le droit de créer et de se créer

Article 13 – Tout être humain possède le droit de singérer et d’intervenir partout où le progrès de l’humanité est dépassé

Article 14 – Tout être humain a droit d’incliner vers la vie ce qui fut tourné vers la mort

Article 15 – Tout être humain a le droît d’améliorer son environnement afin d’y vivre mieux

Article 16 – Tout être humain a droit aux égards dus à sa sensibilité

Article 17 – Tout être humain a le droit d’éprouver les mouvements d’affection et de désaffection inhérents à la motilité des passions et aux libertés de l’amour

Article 18 – Tout être humain a droit à une vie et à une mort naturelles

Article 19 – Tout être humain a le droit de fonder la diversité de ses désirs sur la pluralité de la vie

Article 20 – Tout être humain a le droit de s’adonner à l’activité ou au repos

Article 21 – Tout être humain a droit à la paresse

Article 22 – Tout être humain a droit à l’effort et à la persévérance

Article 23 – Tout être humain a droit à son sentiment personnel de la beauté

Article 24 – Tout être humain a le droit de progresser et de régresser

Article 25 – Tout être humain a le droit d’errer, de se perdre et de se trouver

Article 26 – Tout être humain a le droit de vaincre la terreur et d’apprivoiser la peur

Article 27 – Tout être humain a le droit de refuser la menace

Article 28 – Tout être humain a le droit à l’erreur et à sa correction

Article 29 – Tout être humain a droit à une absolue liberté d’opinion et d’expression

Article 30 – Tout être humain a le droit de critique et de contredire ce qui paraît le plus assuré ou passe pour vérité élémentaire

Article 31 – Tout être humain a le droit de ne rien tenir pour sacré

Article 32 – Tout être humain a droit au changement

Article 33 – Tout être humain a droit à la distanciation

Article 34 – Tout être humain a droit aux plaisirs de chaque âge

Article 35 – Tout être humain a le droit de refuser la souffrance

Article 36 – Tout être humain a le droit de donner et de se donner sans se sacrifier

Article 37 – Tout être humain a le droit d’échapper à la frustration en remplaçant l’insatisfaction par l’insatiable

Article 38 – Tout être humain a droit à ses doutes et à ses incertitudes

Article 39 – Tout être humain a droit à l’excès et à la modération

Article 40 – Tout être humain a le droit de se divertir

Article 41 – Tout être humain a droit aux libertés du rêve et de l’imagination

Article 42 – Tout être humain a droit à la colère

Article 43 – Tout être humain a droit au bien-être du corps

Article 44 – Tout être humain a de se parer comme il l’entend

Article 45 – Tout être humain a droit à ses mensonges et à ses vérités

Article 46 – Tout être humain a droit de s’ouvrir et de se ferme au monde

Article 47 – Chaque être humain a le droit d’exprimer ou de taire ses émotions, ses désirs, ses pensées

Article 48 – Tout être humain a le droit d’accéder à l’expression artistique

Article 49 – Tout être humain a droit au libre exercice de la bonté

Article 50 – Tout être humain a droit à l’innocence

Article 51 – Tout être humain a de miser sur la violence du vivant pour parer aux violences de la mort

Article 52 – Tout être humain a le droit de rendre à la volonté de vivre l’énergie vitale usurpée par la volonté de puissance

Article 53 – Tout être humain a le droit de protéger et d’être protégé

Article 54 – Tout être humain a le droit d’engendrer des enfants pour son bonheur et pour le leur

Article 55 – Tout être humain a le droit de désirer ce qui paraît au delà du possible

Article 56 – Tout être humain a le droit de gouverner ses humeurs, caprices et lubies sans avoir ni à les imposer aux autres ni à subir ceux de ses semblables

Article 57 – Tout être humain a droit à la poésie de l’existence.

Article 58 – Tout être humain a le droit de jouer et de se jouer des comportements et des valeurs du vieux monde

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