Bakounine, Dieu et l’Etat

Titre : Dieu et l’État

Auteur : Michel Bakounine

Date : publié en 1882 à titre posthume par ses amis Carlo Cafiero et Élisée Reclus

Bakounine Dieu et l'Etat

Résumé : « Bakounine a un avantage : il n’a jamais été canonisé. Pourtant, sa vie et son œuvre sont indissociables du mouvement révolutionnaire européen. Premier grand théoricien du courant anti-autoritaire, son intransigeance lui valut l’inimitié de Marx et de ses épigones.Dieu et l’État représente une excellente synthèse de la pensée de Bakounine. Le temps est peut-être venu de lire ou de relire ce « penseur agissant ». »

Extraits choisis :

« Trois éléments ou, si vous voulez, trois principes fondamentaux constituent les conditions essentielles de tout développement humain, tant collectif qu’individuel dans l’histoire : 1° l’animalité humaine ; 2° la pensée ; et 3° la révolte. A la première correspond proprement l’économie sociale et privée ; à la seconde, la science ; à la troisième, la liberté. »

« Le bon Dieu, dont la prescience, qui constitue une de ses divines facultés, aurait du pourtant l’avertir de ce qui devait arriver, se mit dans une terrible et ridicule fureur : il maudit Satan, l’homme et le monde créés par lui même, se frappant pour ainsi dire lui-même dans sa propre création (…) et non content de frapper nos ancêtres dans le présent, il les maudits dans toutes les générations à venir, innocentes du crime commis par leurs ancêtres. (…) Puis, se rappelant qu’il n’était pas seulement un Dieu de vengeance et de colère, mais encore un Dieu d’amour, après avoir tourmenté l’existence de quelques milliards de pauvres êtres humains et les avoir condamnés à un enfer éternel, il eut pitié du reste, et pour le sauver, pour réconcilier son amour éternel et divin avec sa colère éternelle et divine, toujours avide de victimes et de sang, il envoya au monde (…) son fils unique afin qu’il soit tué par les hommes. Cela s’appelle le mystère de la rédemption, base de toutes les religions chrétiennes. (…) En attendant, pour nous consoler, Dieu, toujours juste, toujours bon, livre la terre au gouvernement des Napoléon III, des Guillaume Ier, des Ferdinand d’Autriche et des Alexandre de toutes les Russies. Tels sont les contes absurdes qu’on raconte et telles sont les doctrines monstrueuses qu’on enseigner, en plein XIXème siècle, dans toutes les écoles populaire de l’Europe, sur l’ordre exprès des gouvernements. On appelle cela civiliser les peuples ! N’est-il pas évident que tous ces gouvernement sont les empoisonneurs systématiques, les abêtisseurs intéressés des masses populaires ? ».

« L’antiquité et l’universalité d’une croyance seraient, contre toute science et contre toute logique, une preuve suffisante et irrécusable de sa vérité. (…) Qu’y a-t-il de plus antique et de plus universel que l’esclavage ? (…) Dès l’origine de la société historique jusqu’à nos jours, il y a eu toujours et partout exploitation forcé des masses, esclaves, serves ou salariées par l’Église et par l’État. (…) Voilà des exemples qui prouvent que l’argumentation des avocats du Dieu ne prouve rien ».

« Ne regardons donc jamais en arrière, regardons toujours en avant, car en avant sont notre soleil et notre salut ; et s’il nous est permis, s’il est même utile, nécessaire, de nous retourner, en vue de l’étude de notre passé, ce n’est que pour constater ce que nous avons été et ce que nous ne devons plus être, ce que nous avons cru et pensé, et ce que nous ne devons plus ni croire ni penser, ce que nous avons fait et ce que nous ne devons plus jamais faire ».

« N’en déplaise donc aux métaphysiciens et aux idéalistes religieux, philosophes, politiciens ou poètes : l’idée de Dieu implique l’abdication de la raison et la justice humaines, elle est la négation la plus décisive de l’humaine liberté et aboutit nécessairement à l’esclavage des hommes, tant en théorie qu’en pratique« .

« C’est le propre du privilège et de toute position privilégiée que de tuer l’esprit et le cœur des hommes. L’homme privilégié soit politiquement, soit économiquement, est un homme intellectuellement et moralement dépravé. Voilà une loi sociale qui n’admet aucune exception, et qui s’applique aussi bien à des nations toutes entières qu’aux classes, aux compagnies et aux individus. C’est la loi de l’égalité, condition suprême de la liberté et de l’humanité. »

« L’État ne s’appellera plus Monarchie, il s’appellera République, mais il n’en sera pas moins l’État, c’est-à-dire une tutelle officielle et régulièrement établie par une minorité d’hommes compétents, d’hommes de génie ou de talent vertueux, pour surveiller et pour diriger la conduite de ce grand, incorrigible et terrible enfant, le peuple. Les professeurs de l’École et les fonctionnaires de l’État s’appelleront des républicains (…) le peuple, dans ce système, sera l’écolier et le pupille éternel. Malgré sa souveraineté toute fictive, il continuera de servir d’instrument à des pensées, à des volontés et par conséquent aussi à des intérêts qui ne seront pas les siens. Entre cette situation et ce que nous appelons, nous, la liberté, la seule vraie liberté, il y a un abîme. Ce sera, sous des formes nouvelles, l’antique oppression et l’antique esclavage ; et là où il y a esclavage, il y a misère, abrutissement, la vraie matérialisation de la société, tant des classes privilégiées que des masses. « 

« Il faut transformer toutes les églises, tous ces temples dédiés à la gloire de Dieu et à l’asservissement des hommes, en autant d’école d’émancipation humaine. Mais d’abord, entendons-nous : les écoles proprement dites, dans une société normale, fondée sur l’égalité et le respect de la liberté humaine, ne devront exister que pour les enfants et non pour les adultes ; et, pour qu’elles deviennent des écoles d’émancipation et non d’asservissement, il faudra en éliminer avant tout cette fiction de Dieu, l’asservisseur éternel et absolu (…) Toute éducation rationnelle n’est au fond rien que cette immolation progressive de l’autorité au profit de la liberté, le but final de l’éducation ne devant être que celui de former des hommes libres et pleins de respect et d’amour pour la liberté d’autrui ».

« Faites la Révolution sociale. Faites que tous les besoins deviennent réellement solidaires, que les intérêts matériels et sociaux de chacun deviennent conformes aux devoirs humains de chacun. Et pour cela, il n’est qu’un seul moyen : détruisez toutes les institutions de l’inégalité, fondez l’égalité économique et social de tous, et sur cette base s’élèvera la liberté, la moralité, l’humanité solidaire de toute le monde. »

« Il n’y a que deux moyens pour convaincre les masses de la bonté d’une institution sociale quelconque. Le premier, le seul réel, mais aussi le plus difficile, parce qu’il implique l’abolition de l’État – c’est-à-dire l’abolition de l’exploitation politiquement organisée de la majorité par une minorité quelconque -, ce serait la satisfaction directe et complète de tous nos besoins, de toutes les aspirations humaines des masses ; ce qui équivaudrait à la liquidation complète de l’existence tant politique qu’économique de la classe bourgeoise et (…) à l’abolition de l’État. Ce moyen serait sans doute salutaire pour les masses, mais funestes pour les intérêts bourgeois. Donc il ne faut pas en parler. Parlons alors de l’autre moyen, qui, funeste pour le peuple seulement, est au contraire précieux pour le salut des privilèges bourgeois. Cet autre moyen ne peut être que la religion. C’est ce mirage éternel qui entraine les masses à la recherche des trésors divins, tandis que, beaucoup plus modérée, la classe dominante se contente de partager, fort inégalement d’ailleurs et en donnant toujours davantage à celui qui possède davantage, parmi ses propres membres, les misérables biens de la terre et es dépouilles humaines du peuple, y compris naturellement sa liberté politique et sociale ».

 

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