Aux origines de nos sociétés patriarcales… Ou pas ?

Lecture critique de l’article « la domination masculine », paru dans le numéro 8117 (mai-juin 2017) de la documentation photographique, intitulé « Le néolithique » sous-titré « A l’origine du monde contemporain ».

Introduction

« On a parfois argué, en se fondant sur la fréquence des figurations féminines au Paléolithique et au Néolithique, que les sociétés anciennes auraient été matriarcales, que le pouvoir politique aurait alors été détenu par les femmes. »

L’auteur.ice de cet article pointe un fait évident : il ne suffit pas que les figurations et représentations féminines soient nombreuses pour que le pouvoir, politique ou non, soit détenu par « les femmes ». Il n’y a en effet qu’à observer nos sociétés patriarcales contemporaines pour s’apercevoir qu’en dépit de l’omniprésence féminine dans les publicités, les sociétés actuelles demeurent profondément misogynes, considérant « le pouvoir » comme un attribut « naturellement masculin ».

« Qu’en est-il et que peut-on dire du rapport entre les sexes (entre les « genres ») à ces époques ? »

L’auteur.ice pose ici sa problématique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la formulation en elle-même pose problème. L’auteur.ice semble en effet, sans distinction, assimiler « sexes » et « genres », ceci qui témoigne d’un manque de maîtrise profond du sujet. C’est, à tout le moins, le défaut majeur de « l’histoire du genre », axée sur « l’histoire des sexes ». L’histoire du genre, à son niveau le plus basique, se limite à une histoire des compagnes de dirigeants ou des dirigeant.e.s, en mettant évidemment tous les paquets sur les aventures et la sexualité des femmes. Plus récemment a émergé péniblement une histoire de la féminité et de la masculinité, avant de dériver vers une histoire de la virilité (c’est vrai, il n’y a pas assez de place pour les hommes dans l’histoire…).

« Les plus anciennes figurations humaines, au Paléolithique et jusqu’au début du Néolithique, représentent très majoritairement des femmes, la plupart du temps dotées de caractères sexuels exagérés ».

On est donc bien dans une histoire des sexes (et non « des genres »). Ici, on apprend que l’hypersexualisation des corps féminins est un processus plurimillénaire, qui ne semble pas avoir été remis en question depuis, du moins pas au moins que l’hypersexualisation ne soit plus une norme sociétale.

« On a supposé qu’elles évoquaient la fécondité et la fertilité, maternelle d’abord, de la terre ensuite, une fois l’agriculture inventée. »

Qui est donc ce « on » qui suppose que représentation féminine = fécondité = fertilité = maternité ? Il est ensuite vrai que les représentations anthropormorphisées de la terre l’ont quasiment toujours été sous les traits d’allégories féminines. La Terre est ainsi représenté en allégorie féminine dans les manuels de l’école de Ferry sous la Troisième République ou dans la fRance de Vichy…

« Et certains ont même émis l’hypothèse que ces premières sociétés humaines étaient « matriarcales », c’est-à-dire que le pouvoir y était détenu par les femmes. »

Une société matriarcale ne signifie pas nécessairement que le pouvoir y était détenu par « les femmes », mais qu’il était détenu par « les mères », ce qui revêt encore une autre signification..

« Cette idée, développée en 1861 par l’érudit suisse Johann Jakob Bachofen dans Le droit maternel, a été régulièrement reprise, notamment au sein de mouvements féministes ».

Avec un tel titre, « le droit maternel », on confirme les réflexions précédentes : dans les sociétés matriarcales, le pouvoir est exercé par « les mères ». Il serait ici intéressant de voir quel genre de « mouvements féministes » revendiquent une société où le pouvoir est exercé par les mères..

« L’archéologue américaine Marija Gimbutas s’inscrit dans cette lignée, avec un livre traduit en français en 2005, le langage de la déesse. Il y aurait eu, aux origines, une Grande Déesse Mère et un panthéon essentiellement féminin, dans des sociétés préhistoriques matriarcales, pacifiques et tournées vers l’art, avant que, en Europe, des pasteurs guerriers surgis des steppes ne viennent imposer jusqu’à nos jours un ordre masculin et violent »

On remarque que, lorsque l’auteur.ice évoque les travaux de cette archéologue, il emploie le conditionnel, comme s’il fallait accorder moins de valeur parce que ses recherches sont celles d’une femme… Le résumé des travaux de Marija Gimbutas est relativement confus : est Marija Gimbutas qui pense cela ou les sociétés préhistoriques qu’elle a étudiées ?

« Néanmoins, les arguments présentés à l’appui de cette thèse peuvent sembler très ténus ».

Vas-y, explique nous pourquoi c’est tout caca…

« La plupart du temps, ces figurines ne sont manifestement pas enceintes et certains traits sexuels mis en valeur, comme les fesses, n’ont pas de rapport avec la fertilité ».

Que dire… Qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un « gros ventre » pour être enceinte ? Et qu’ensuite, entre différencier fesses et hanches sur une figurine, il faut être particulièrement doué.e. Et il me semble pourtant bien que les hanches larges, dans la symbolique de la statue et/ou de la figurine a plus qu’un très gros rapport avec la fertilité…

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Sleeping Lady : une femme, morte ou endormie, retrouvée dans l’hypogée de Hal Saflieni, fin du IVème siècle avant notre ère, conservée au Musée archéologique de la Valette à Malte.

« Par ailleurs, sur les quelque 100000 sociétés humaines connues par l’histoire ou l’ethnologie, aucune n’est matriarcale ; dans toutes, le pouvoir politique appartient aux hommes, quelque soit le degré d’oppression des femmes ».

Cela ne constitue pas pour autant une preuve irréfutable de l’inexistence d’une société matriarcale. Ne pas connaître une chose ne signifie pas que cette chose n’existe pas ou n’a jamais existé. Ensuite, c’est bien d’enfin souligner l’oppression systémique subie par les femmes ou identifiées femmes. Le faire en revanche avec un tel détachement… D’accord, tu rédiges un article « scientifique », mais ça ne t’empêche pas d’être bienveillant.e, si ?

« Il est des sociétés matrilinéaires où les biens sont transmis par la mère. Mais l’importance ainsi donnée à la femme ne s’exprime alors que dans cette seule question juridique ».

Là encore, il y a cette confusion « femme/mère » qui demeure assez gênante. La logorrhée verbale « société matrilinéaires » aurait pu être évité, tout comme le ton désinvolte qui suit.

« Comme l’argumente l’ethnologue Alain Testard, dans toutes les sociétés connues, ces images de femmes, souvent dénudées, sont manipulées par des hommes. Aujourd’hui encore, sur nos murs ou dans nos magazines, les images de femmes sont très fréquentes ; elles ne sont nullement le signe d’une domination féminine. Tout au contraire, ces figurations sont pour l’essentiel des « objets » à consommer ou sont destinées à faire consommer ».

Cela vous permet de voir que je commente au fur et à mesure de ma lecture, puisque l’auteur.ice vient de reprendre la réflexion que je faisais dès l’intro, ce qui aurait pu lui faire économiser pas mal d’encre au final. On brasse du vent.

« De surcroît, au Néolithique, les tombes de femmes ne témoignent pas d’une plus grande richesse que celles des hommes ».

J’ai du relire pour trouver un rapport entre ce « de surcroît » et la phrase précédente… Il n’y en a aucun. A la limite, il faudrait remonter au moment où l’auteur.ice parle de l’absence d’arguments solides pour prouver l’existence de sociétés matriarcales… Enfin, au niveau de la construction de la phrase, richesse n’est pas forcément synonyme de pouvoir. Et dire que les tombes de femmes n’étaient pas plus riches que celles des hommes ne signifie pas non plus forcément qu’elles aient été plus pauvres, par manque de précision.

« C’est pourquoi on peut plutôt considérer ces représentations féminines comme étant en relation avec la sexualité, considérée d’un point de vue masculin ».

Donc pour l’auteur.ice sexualité = fécondité, on aura la confusion sémantique je pense. La conclusion proposée ici semble de plus assez hasardeuse, compte tenu des « arguments » précédents.

« L’espèce humaine est la seule pour laquelle l’activité sexuelle n’est pas régulièrement interrompue par des moments de pause ; la sexualité comme les infractions sexuelles, est omniprésente dans le fonctionnement, les récits et les religions de toute société ».

Et un petit passage d’acephobie appuyé par une méconnaissance complète de la sexualité des animaux non humain.e.s.

« L’une des principales fonctions des religions consiste même à vouloir contrôler, voire en réprimer, les manifestations ».

Sur fond de généralisation crasse, il semblerait que la connaissance de l’auteur.ice des religions soit d’une intensité équivalente à celle de la sexualité des animaux non humain.e.s.

« En revanche, dans beaucoup de systèmes religieux, les malheurs des humains sont attribués aux femmes : dans la mythologie grecque, Pandore ouvre, malgré l’interdiction, la boîte ou la jarre d’où vont sortir tous les maux ; dans la Bible, Eve incite l’infortuné Adam à manger le fruit défendu. En Nouvelle-Guinée, les mythes content que les femmes avaient autrefois le pouvoir, mais qu’elles s’en servirent tellement mal que les hommes durent le leur reprendre. Ces fautes féminines originelles sont censées justifier la domination masculine ».

Cette part de misogynie inhérente aux religions (du moins pour les exemples cités) est une réalité, du moins tel que les textes « sacrés » l’évoquent. Quant au jugement de valeur « l’infortuné Adam », on aurait pu s’en dispenser. On s’interrogera pourtant sur la pertinence de ces exemples, dans un numéro consacré au Néolithique. Adam et Eve et Pandore sont des constructions mythologiques bien postérieures au Néolithique…

« Avec l’émergence de sociétés de plus en plus complexes et hiérarchisées, de nouvelles préoccupations figuratives apparaissent, concernant la mise en scène du pouvoir. Malte, à la fin du IVème millénaire avant notre ère, est sans doute l’un des derniers territoires où les figurines féminines occupent une place importante (…) »

L’auteur.ice se contredit quelque peu, vu qu’iel a auparavant évoqué l’omniprésence des figurations féminines dans nos sociétés actuelles. Ce qu’iel veut dire, c’est qu’au IVème millénaire avant notre ère, on note un changement dans la mise en scène du pouvoir, notamment avec les figurines féminines. Il fallait ici le décodeur…

« Désormais, si les représentations féminines se perpétuent jusqu’à nos jours, celles des hommes (mâles) en situation de domination et la plupart du temps en armes, deviennent très majoritaires dans l’espace public, dès l’âge du cuivre et la IVème millénaire, avec des statues menhirs d’hommes armés de haches, de poignards ou d’arcs et de flèches ».

On est donc passé d’une symbolique associant mères, sexualité et fécondité, à des représentations d’hommes guerriers, sans que l’on sache réellement où, quand et comment s’opère ce bouleversement.

Conclusion

« Les raisons de cette constante domination historique des hommes sur les femmes, même à des degrés variables, sont toujours en débat ».

Il y a donc un moment où les « hommes » démarrent leur « domination historique » sur les femmes, sans que l’on ne sache pourquoi. Ça valait VRAIMENT le coup de lire jusque là, tiens…

« Une explication purement biologique serait un peu faible, les femmes étant plus résistantes et vivant plus longtemps que les hommes. ».

L’auteur.ice a déjà montré, au long de l’article, qu’effectivement, l’explication « biologique » est « un peu faible »… Si les femmes vivent plus longtemps que les hommes, c’est principalement en raison des comportements à risques de ces derniers, du moins à notre époque.


Résumé critique

En résumé, cet article est assez symptomatique de « l’histoire du genre ». Méconnaissant son sujet, l’auteur.ice effleure le vide intellectuel, et ne répond aucunement à sa problématique : que peut-on dire du rapport entre les sexes (entre les « genres ») à ces époques ? La domination masculine, pourtant thème de l’article, n’est que peu ou prou abordée. Il s’agit plutôt d’une étude de la figuration féminine. La rigueur scientifique laisse à désirer, les clichés sont nombreux. Ce qui demeure assez décevant pour un article de la documentation photographique qui d’habitude est pointue et sérieuse, et qui évite, comme ici, de brasser du vent.


Texte original de l’article (en un seul morceau)

La domination masculine

On a parfois argué, en se fondant sur la fréquence des figurations féminines au Paléolithique et au Néolithique, que les sociétés anciennes auraient été matriarcales, que le pouvoir politique aurait alors été détenu par les femmes. « Qu’en est-il et que peut-on dire du rapport entre les sexes (entre les « genres ») à ces époques ? »

Les plus anciennes figurations humaines, au Paléolithique et jusqu’au début du Néolithique, représentent très majoritairement des femmes, la plupart du temps dotées de caractères sexuels exagérés. On a supposé qu’elles évoquaient la fécondité et la fertilité, maternelle d’abord, de la terre ensuite, une fois l’agriculture inventée.» Et certains ont même émis l’hypothèse que ces premières sociétés humaines étaient « matriarcales », c’est-à-dire que le pouvoir y était détenu par les femmes.

Cette idée, développée en 1861 par l’érudit suisse Johann Jakob Bachofen dans Le droit maternel, a été régulièrement reprise, notamment au sein de mouvements féministes. L’archéologue américaine Marija Gimbutas s’inscrit dans cette lignée, avec un livre traduit en français en 2005, le langage de la déesse. Il y aurait eu, aux origines, une Grande Déesse Mère et un panthéon essentiellement féminin, dans des sociétés préhistoriques matriarcales, pacifiques et tournées vers l’art, avant que, en Europe, des pasteurs guerriers surgis des steppes ne viennent imposer jusqu’à nos jours un ordre masculin et violent »

Néanmoins, les arguments présentés à l’appui de cette thèse peuvent sembler très ténus. La plupart du temps, ces figurines ne sont manifestement pas enceintes et certains traits sexuels mis en valeur, comme les fesses, n’ont pas de rapport avec la fertilité. Par ailleurs, sur les quelque 100000 sociétés humaines connues par l’histoire ou l’ethnologie, aucune n’est matriarcale ; dans toutes, le pouvoir politique appartient aux hommes, quelque soit le degré d’oppression des femmes. Il est des sociétés matrilinéaires où les biens sont transmis par la mère. Mais l’importance ainsi donnée à la femme ne s’exprime alors que dans cette seule question juridique ».

Comme l’argumente l’ethnologue Alain Testard, dans toutes les sociétés connues, ces images de femmes, souvent dénudées, sont manipulées par des hommes. Aujourd’hui encore, sur nos murs ou dans nos magazines, les images de femmes sont très fréquentes ; elles ne sont nullement le signe d’une domination féminine. Tout au contraire, ces figurations sont pour l’essentiel des « objets » à consommer ou sont destinées à faire consommer. De surcroît, au Néolithique, les tombes de femmes ne témoignent pas d’une plus grande richesse que celles des hommes.

C’est pourquoi on peut plutôt considérer ces représentations féminines comme étant en relation avec la sexualité, considérée d’un point de vue masculin. L’espèce humaine est la seule pour laquelle l’activité sexuelle n’est pas régulièrement interrompue par des moments de pause ; la sexualité comme les infractions sexuelles, est omniprésente dans le fonctionnement, les récits et les religions de toute société. L’une des principales fonctions des religions consiste même à vouloir contrôler, voire en réprimer, les manifestations.

En revanche, dans beaucoup de systèmes religieux, les malheurs des humains sont attribués aux femmes : dans la mythologie grecque, Pandore ouvre, malgré l’interdiction, la boîte ou la jarre d’où vont sortir tous les maux ; dans la Bible, Eve incite l’infortuné Adam à manger le fruit défendu. En Nouvelle-Guinée, les mythes content que les femmes avaient autrefois le pouvoir, mais qu’elles s’en servirent tellement mal que les hommes durent le leur reprendre. Ces fautes féminines originelles sont censées justifier la domination masculine.

Avec l’émergence de sociétés de plus en plus complexes et hiérarchisées, de nouvelles préoccupations figuratives apparaissent, concernant la mise en scène du pouvoir. Malte, à la fin du IVème millénaire avant notre ère, est sans doute l’un des derniers territoires où les figurines féminines occupent une place importante (…). Désormais, si les représentations féminines se perpétuent jusqu’à nos jours, celles des hommes (mâles) en situation de domination et la plupart du temps en armes, deviennent très majoritaires dans l’espace public, dès l’âge du cuivre et la IVème millénaire, avec des statues menhirs d’hommes armés de haches, de poignards ou d’arcs et de flèches.

Les raisons de cette constante domination historique des hommes sur les femmes, même à des degrés variables, sont toujours en débat. Une explication purement biologique serait un peu faible, les femmes étant plus résistantes et vivant plus longtemps que les hommes. Dans tous les cas, la domination masculine pourrait être la matrice de la domination tout court.

« La domination masculine », paru dans le numéro 8117 (mai-juin 2017) de la documentation photographique, intitulé Le néolithique sous-titré « A l’origine du monde contemporain ».

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Cela s’est passé un 17 juillet

Le 17 juillet 1791. La fusillade du Champ-de-Mars consacre la dénaturation et l’avortement de la Révolution.

Le 17 juillet 1791, une fusillade se produit sur le Champ-de-Mars à Paris, conséquence immédiate de la fuite du roi Louis XVI jusqu’à Varennes. En effet, dès que la fuite du roi est connue, le club des Cordeliers demande aux députés de l’Assemblée Constituante de proclamer la déchéance du monarque et l’avènement de la République. Mais les députés s’y refusent et, le lendemain, le roi ayant été arrêté et ramené à Paris, ils inventent la fiction de son enlèvement : le roi se serait enfuit contre son gré et sa déchéance serait donc nulle et non avenue…

Le club des Cordeliers ne se satisfait en rien de cet arrangement et rédige une deuxième pétition en faveur de la République. Le texte est mis au point par Brissot, soutenu par Danton et Marat, et avec le concours de Choderlos de Laclos (oui, l’auteur des Liaisons dangereuses !). Les pétionnaires réclament « un nouveau pouvoir constituant » pour « procéder (…) au jugement du coupable et surtout au remplacement et à l’organisation d’un nouveau pouvoir exécutif ».

Le texte est déposé le 17 juillet 1791 sur l’autel de la patrie du Champ-de-Mars, à l’endroit où a eu lieu la Fête de la Fédération [14 juillet 1790, l’origine de la fête nationale actuelle (et non comme communément admis la prise de la Bastille)], afin de le faire signer par les Parisiens.

Mais deux hommes, cachés sous l’autel, sont pris à partie et massacrés par la foule. Effrayés, les députés de l’Assemblée craignent que la Révolution ne sombre dans l’anarchie (il leur en faut peu), et que la déchéance de Louis XVI n’entraîne la fRance dans une guerre contre les autres monarchies européennes. Prétextant le trouble à l’ordre (une méthode dès lors bien connue), ils ordonnent au maire de Paris, Jean Bailly, de proclamer la loi martiale.

Malheureuse_journée_du_17_juillet_1791

Ce dernier, révolutionnaire modéré, élu maire le lendemain de la prise de la Bastille, ne se fait pas prier : sans tergiverser, il fait appel à la garde nationale et lui ordonne de disperser la foule du Champ-de-Mars. Commandée par La Fayette en personne, elle y est accueillie à coups de pierres. Sans sommation, la garde nationale ouvre le feu sur les pétitionnaires, causant plusieurs dizaines de morts. De nombreuses arrestations complètent la répression. Le club des Cordeliers est fermé, tandis que Danton et Marat se sont enfuis en Angleterre.

 

Au club des Jacobins, l’atmosphère est bien différente. De nombreux militants (y compris Robespierre), jugent inopportun ou prématuré d’abolir la monarchie et légitime ainsi la répression du Champ-de-Mars. Il s’agit d’une des premières failles dans le consensus révolutionnaire.

Cela s’est passé un 3 juillet

Le 3 juillet 1940. La flotte française de Mers-el-Kébir est coulée par les Anglais.

Le général Vuillemin, commandant l’aviation fRançaise, ne veut pas que ses avions tombent aux mains des Allemands. Le 16 juin, il ordonne le transfert sur l’Afrique du Nord de 16 groupes de bombardiers et de 18 groupes de chasse, des appareils tout juste sortis d’usine. Par cette manœuvre, le 25 juin, 700 appareils opérationnels sont présents en Afrique du Nord.

Il n’en va pas de même pour la marine. Une clause de l’armistice franco-allemande du 22 juin 1940 précise :  » La flotte de haute mer doit regagner ses ports d’attache pour y être démobilisée et désarmée sous le contrôle des Allemands et des Italiens. » Pour la Grande-Bretagne, le contrôle des océans par la Royal Navy est une condition essentielle à sa survie. Churchill craint un coup de force allemand sur la flotte fRançaise. Si celle-ci tombe entre les mains du Reich, l’Angleterre sera menacée.

Le 3 juillet 1940 au matin, une escadre de l’amiral anglais Somerville se présente devant la rade de Mers-el-Kébir, près d’Oran, où sont mouillés onze bâtiments de guerre fRançais sous le commandement du vice-amiral Gensoul. Somerville transmet à Gensoul quatre propositions de Churchill :

  1. rejoindre la flotte britannique pour participer à la lutte ;
  2. gagner des ports hors d’atteinte des Allemands, comme aux Antilles ;
  3. se saborder ;
  4. être coulé.

Gensoul envoie un télégramme tronqué à l’amirauté ! « Ultimatum anglais : coulez vos bâtiments ou nous vous y contraindrons par la force. » Il omet volontairement de citer la possibilité d’un départ pour les Antilles. L’ « ultimatum » est rejeté. Gensoul répond à Somerville : « Les bâtiments fRançais se défendront par la force ».

Merselkebir
Les cuirassés fRançais tentent de s’échapper de la rade de Mers-el-Kébir, 3 juillet 1940.

Le 3 juillet, à 16h37, une salve d’obus anglais s’abat sur l’escadre fRançaise. A 17h15, Gensoul demande un cessez-le-feu. 1297 marins fRançais sont morts, la plupart sur le cuirassé Bretagne qui est rapidement coulé.

La brutalité de l’attaque de Mers el-Kébir réveille en France une anglophobie latente. C’est une aubaine pour les partisans d’une collaboration avec l’occupant. Une semaine plus tard, le 10 juillet 1940, l’Assemblée nationale issue des élections de 1936 et du Front populaire vote à une écrasante majorité les pleins pouvoirs au maréchal Pétain…

Cela s’est passé un 6 juin

Le 6 juin 1944. Que faisait Hitler pendant le débarquement allié sur les côtes de Normandie ?

Le 1er juin 1944, la BBC diffuse son premier message annonçant le débarquement en Normandie : « L’heure du combat viendra ». Le 4 juin à 23 h, le message « Les sanglots longs des violons de l’automne » donne aux résistants le signal du déclenchement des actions de sabotage des voies ferrées. Le 5 juin à 20 h, la seconde strophe de Verlaine, « Blessant mon cœur d’une langueur monotone » annonce que le feu vert est donné pour l’opération Overlord.

Enregistrement sonore

Le 6 juin à partir de minuit, 1 135 bombardiers pilonnent les positions côtières. A 1h30, des parachutistes sont largués. A 5h50, près de 6000 navires de l’armada alliée abordent les côtes normandes, entre Cabourg à lest et le Cotentin à l’ouest.

C’est le D-Day ! Mais Hitler est persuadé que le débarquement aura lieu entre Boulogne et l’estuaire de la Somme. Tout débarquement en Normandie ne peut être qu’une diversion. Le météorologiste ayant annoncé que le temps de permettrait en aucun cas un débarquement, Rommel est rentré en Allemagne pour l’anniversaire de sa femme.

Le message annonçant le débarquement est déchiffré le 5 juin par le quartier général de Von Rundstedt, commandant en chef sur le front ouest. L’information est transmise, mais personne n’en tient compte. Le Führer se repose dans sa résidence de Berghof, dans les Alpes. Il s’est couché le 6 juin à 3 h du matin et dort encore à 10 h. Personne n’ose le réveiller.

Cela s’est passé un 5 juin

Le 5 juin 1832. Suite aux obsèques du général Lamarque, Paris sombre dans l’insurrection.

Le roi de fRance Louis-Philippe 1er et sa famille restent à Paris pendant l’épidémie de choléra qui frappe alors la capitale. Le 1er avril 1832, Casimir-Périer, président du Conseil et Ministre de l’Intérieur, se rend à l’Hôtel-Dieu pour visiter les mourant.e.s. Trois jours plus tard, il tombe malade. Il meurt le 16 mai et reçoit des funérailles nationales.

L’opposition républicaine veut les mêmes honneurs pour un député de l’opposition libérale, le général d’Empire Lamarque, âgé de 62 ans, mort le 1er juin du choléra. Suite au refus du gouvernement, un cortège populaire est organisé le 5 juin. Les Républicains, qui ne se consolent pas d’avoir été volés de leur « Révolution des Trois Glorieuses » appellent leurs partisans à manifester à l’occasion des funérailles qui rassemble une foule immense. Des coups de feu sont tirés contre un détachement de dragons (des soldats de l’Infanterie montée hein, pas les créatures mythiques 😉 ), tuant six soldats.

Insurrection 5 juin 1832
Beval, L’insurrection de juin 1832, gravure sur bois (1870)

Menée par la Société républicaine des amis du peuple, persuadée que le gouvernement et la monarchie constitutionnelle tomberont comme en 1830, l’insurrection se déchaîne jusqu’au lendemain. Témoin des événements, Victor Hugo raconte, dans Les Misérables (1862), la mort de Gavroche sur les barricades :

Je suis tombé par terre,

C’est la faute à Voltaire,

Le nez dans le ruisseau,

C’est la faute à Rousseau.

Car Louis-Philippe est bien décidé à réagir. Il passe les troupes en revue et ordonne l’offensive finale dans les rues tortueuses de la capitale. L’armée et la garde nationale arrivent à contenir les insurgé.e.s entre les boulevards, la Seine et la Bastille. Le 6 juin, le dernier carré de résistant.e.s est écrasé dans la rue du Cloître-Saint-Merri, au coeur de la capitale. On compte 32 morts dans les rangs de l’armée, et une centaine parmi les insurgé.e.s. Les tribunaux promulguent de nombreuses condamnations dont 7 condamnations à mort, commuées en déportation par le roi. La monarchie de Juillet l’a emporté sur le terrain… mais la mort de Gavroche, dans l’imaginaire collectif, ne sera jamais oubliée.

Cela s’est passé un 10 mai

Le 10 mai 1802. Le métis Louis Delgrès (36 ans) adresse « à l’univers entier le dernier cri de l’innocence et du désespoir ».

1802. La révolution est bien finie. La preuve : l’esclavage, aboli par la Révolution en 1794 et la traite des Noirs, sont établis dès 1802, sur souhait de Napoléon. Ce dernier affirme : « Je suis pour les Blancs parce que je suis blanc. Il n’y a pas d’autre raison et celle-là est la bonne.  » Il y a toutefois une autre raison : l’esclavage est une activité rentable qui relance le commerce triangulaire avec les Amériques.

Confirmant son racisme exacerbé, Napoléon « épure » l’armée de ses officiers noirs, comme le général Dumas, le père d’Alexandre. Le despote anéantit les projets de mise en valeur menés par Toussaint Louverture à Saint-Domingue. Quand on parle devant le premier consul d’exterminer tous les Noirs de Guadeloupe, il ne proteste pas.

Le 10 mai 1802, le métis Louis Delgrès (36 ans) adresse à Basse-Terre en Guadeloupe « à l’univers entier le dernier cri de l’innocence et du désespoir ». Il revendique le devoir d’insurrection et lance un appel à la fraternité, par-dessus les barrières de races.

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Quelques jours plus tard, dans l’habitation Danglemont, à Matouba, dans les hauteurs de Basse-Terre (Guadeloupe), il se fait sauter avec ses hommes pour échapper à la cruauté du corps expéditionnaire du général Antoine Richepance (on écrit aussi Richepanse) et de Magloire Pelage. Richepanse fait massacrer plusieurs milliers de Noirs et mulâtres.

Le général Decean remarque : « Et le sucre ? Qui le produira quand il n’y aura plus de nègres ? » Dans un livre dédié à Joséphine, le général des Lozières met en garde contre le métissage : « Le sang africain ne coule que trop abondamment dans les villes des Parisiennes mêmes ». Témoignages d’un racisme d’État, mis en exergue par le bonapartisme.

Joséphine est une béké, une créole à la « peau blanche », descendante des premiers colons européens. Le terme de béké est généralement associé à la puissance économique et néo-coloniale dont ce groupe est dépositaire. Les békés constituent un peu moins d’1% de la population des colonies fRançaises.

Cela s’est passé un 8 mai

Le 8 mai 1945. Pendant qu’à Paris on fête la capitulation allemande, des massacres sont perpétrés à Sétif et Guelma, dans le département fRançais de Constantine, en Algérie de l’Est, entre le 8 mai et le 26 juin 1945.

Ces massacres auraient fait 1500 mort.e.s, selon le chiffre officiel donné par le préfet en accord avec l’armée ; mais plus vraisemblablement entre 20000 à 30000 au rythme de 400 à 500 par jour.

A la base de ces massacres, une rumeur : les musulman.e.s comploteraient pour obtenir l’indépendance. En fait, seul.e.s quelques intellectuel.le.s s’agitent avec prudence. Du côté des colons, il y a l’imbécilité sur fond de racisme crasse : le représentant local du parti socialiste met en garde contre « ces masses incohérentes d’indigènes pouilleux, l’écume à la bouche, prostituant l’Internationale« . Les Européen.ne.s craignent de leur côté une révolte générale provoquée par la disette aggravée par le marché noir.

Le 8 mai 1945, à Setif, une banderole est brandie dans un cortège de paysans qui se rend au monument aux morts : « Vive l’Algérie libre et indépendante ». Un inspecteur tire et tue le porte-drapeau. Des coups de feu, en soutien, partent du Café de fRance. La foule se disperse, s’en prenant aux Européen.ne.s qu’elle croise sur son chemin.  103 sont assassiné.e.s. Les messages affluent au gouvernement général, décrivant des « villages encerclés par les Arabes, pillés, en flamme ».

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Sans vérifier ces informations, les autorités déclenchent des mesures d’exception, disproportionnées : couvre-feu, bombardements par avion de tout rassemblement, tirs d’auto-mitrailleuses. Surtout, l’ancien préfet Achiary crée une milice de volontaires civils à qui il distribue des armes de guerre. L’hydre est lâchée. Alors que la plupart des Européen.ne.s, sidéré.e.s, se terrent, le secrétaire général de la CGT organisent la milice de Guelma qui arrête et fusille les musulmans qu’elle considère comme suspect, les pillant au passage.

 

Cela s’est passé un 7 mai

Le 7 mai 1954. Les fRançais, défaits, capitulent à Diên Biên Phu (Vietnam);

Le général Navarre, nommé en mai 1953 commandant en chef des forces fRançaises en Indochine, assure qu’il mettre fin à la guerre en 18 mois. Installé dans son bureau climatisé de Saigon, arborant toutes les décorations sur son uniforme immaculé, il choisit d’établir un camp retranché dans le nord, à Diên Biên Phu. D’après lui, ce point d’ancrage des troupes  coupera les communications du Viêt-minh (contraction de Việt Nam Ðộc Lập Ðồng Minh Hội = « Front pour l’indépendance du Viêt Nam ») et lui interdira son commerce lucratif d’opium.

Cette opération nommée « Castor » est lancée le 20 novembre1953. Le commandement du camp est confié au colonel de Castries, un cavalier émérite qui oublie de réfléchir mais pas de se faire remarquer dans les réceptions en brisant des verres dont il mâche mes tessons (Oui oui !). Il affirme que l’idéal dans la vie, « c’est d’avoir un cheval à chevaucher, un ennemi à tuer, une femme dans son lit ». Macher des tessons de verre, c’est mal !

La localisation de Diên Biên Phu a pour seul avantage d’être à 13 km de la frontière laotienne. Mais elle présente le considérable inconvénient d’être dans une cuvette  cernée par des collines escarpées couvertes de jungle. Navarre ne tient pas compte des mises en garde. Il affirme que l’endroit est parfait pour des pistes d’atterrissage et que l’ennemi ne pourra y amener des pièces d’artillerie.

Mais le général Giap, commandant des troupes Viêt-minh, dispose de colonnes de coolies qui convoient les munitions à pied ou sur des bicyclettes chargées d’obus, le long de sentiers à flanc de falaise.

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11000 hommes du corps expéditionnaires fRançais sont parachutés ou débarqués. Des bunkers sont aménagés, auxquels le colonel de Castries, portant son éternel képi rouge de spahi, fait donner, entre deux mastication de tessons de verre, les noms de ses nombreuses maîtresses (Huguette, Claudine, Éliane…).

Pour tenir la position, les fRançais comptent sur le ravitaillement aérien. Le 13 mars 1954 à 17 heures, Giap, conseillé par des experts militaires chinois, et à la tête de 50000 hommes, lance une attaque éclair et pilonne les pistes d’atterrissage vite inutilisables. Cloués au sol par les tirs d’artillerie et les assauts au corps à corps, privés de relève, attendant en vain un soutien américain, les fRançais sont contraints à la reddition le 7 mai 1954, après avoir perdu 2300 hommes. 11700 ont été faits prisonniers. Les trois quarts meurent en captivité, sous les tortures dans des camps de « rééducation ». En juillet 1954, les accords de Genève sont signés et la fRance renonce à l’Indochine.

Cela s’est passé un 2 mai

Le 2 mai 1808. Soulèvement des Madrilènes contre l’occupation française.

Pour fermer au commerce anglais les ports du Portugal, de Barcelone et de Cadix, Napoléon décide, pour satisfaire ses ambitions capitalistes, d’intervenir en Espagne, pourtant pays allié. Il a aussi d’autres raisons : il est entre autres persuadé que le pays regorge d’or. Du haut de sa légendaire condescendance, Napoléon considère les Espagnol.e.s comme des attardé.e.s, pensant les manœuvres militaires à mener en ces termes : « C’est un enfantillage ; croyez-moi, cela finira vite ».

Le despote a aussi des ambitions dynastiques pour sa famille. Profitant du différend entre le roi Charles IV et son fils, Ferdinand, héritier du trône, Napoléon les convoque en avril 1808 à Bayonne. Il obtient de Charles qu’il lui cède ses droits au trône et de Ferdinand qu’il renonce à la couronne. La famille royale espagnole est placée en résidence surveillée. Joseph, frère aîné de l’Empereur, devient roi d’Espagne.

Mais le 2 mai 1808, les Madrilènes se soulèvent. Les troupes françaises d’occupation de Murat interviennent et répriment dans le sang. C’est le sens du Tres de Mayo peint par Goya.

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D’autres villes se révoltent. Le 18 juillet 1808, les 20000 hommes du général Pierre Dupont de l’Estang sont battus à Bailen. C’est la première défaite de l’armée impériale, considérée comme invincible. De quoi donner des idées aux autres pays d’Europe. L’Empereur doit retirer ses troupes d’Allemagne et venir en personne en novembre 1808.

Malgré quelques victoires, le conflit s’enlise face à la guérilla. Les Anglais, menés par Wellington, en profitent et pénètrent dans Madrid en août 1812. Le 11 décembre 1813, Napoléon doit restituer son royaume à Ferdinand. Napoléon le reconnaît à Sainte-Hélène : l’intervention, qui a retenu 300 000 soldats français en Espagne, fut la pire de ses erreurs.

Cela s’est aussi passé un 30 juin

Le 30 juin 1911. Arria Ly, dite Joséphine Goudon, publie dans La Rénovation morale un article intitulé « Vive Mademoiselle », dans lequel elle appelle à l’abstinence sexuelle pour libérer les femmes de la domination masculine. Le Rappel de Toulouse commente cette proposition en l’accusant de lesbianisme.

La réaction de Ly ne se fait pas attendre : elle envoie à Massat, rédacteur en chef du journal, deux témoins, deux femmes, pour une rencontre en duel. Massat n’est pas rassuré. Il sait que Ly s’est battue en duel en 1904 à Grenoble contre un médecin qu’elle accusait d’avoir provoqué la mort de son père par des traitements inappropriés. Le docteur Girard s’en est tiré avec une oreille déchiquetée d’un coup de pistolet.

Massat prétexte de sa qualité de « galant homme » et se défile; Ly l’accuse aussitôt de couardise » puis elle le gifle en public. Massat finit par s’excuser. Arria Ly gagne dans cette affaire le surnom de « la vierge au pistolet ».