Cela s’est passé un 25 mars

Le 25 mars 1871. Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif, abandonne Paris aux Communard.e.s.

Thiers et le gouvernement au complet se trouvent ce jour-là à Paris, au Quai d’Orsay, dont les grilles sont ouvertes et mal gardées par quelques factionnaires. L’émeute menace l’Hôtel de Ville. Les insurgé.e.s n’auraient qu’à franchir la Seine pour s’emparer du chef de l’État et des ministres Jules Favre, Jules Simon et les autres. Iels n’y pensent tout simplement pas, ce qui donne au gouvernement le temps de fuir.

Thiers donne l’ordre d’évacuer la capitale, d’abandonner les ministères, de replier à l’ouest les 30000 à 40000 soldats fidèles, puis il se sauve par un escalier dérobé, s’engouffre dans une calèche et s’enfuit jusqu’à Versailles.

ob_dd7d17_la-commune-de-paris-n

Paris est aux mains de ce.lle.ux que l’on appelle « les fédéré.e.s », car iels forment des bataillons fédérés au sein d’un Comité central. Ces jusqu’au-boutistes sont opposé.e.s à l’armée régulière ainsi qu’aux maires et aux députés républicains de la capitale. De tendance libertaire, iels élisent leurs responsables à tous les niveaux et rejettent toute hiérarchie.

Alors que l’officiel Brunel et le militant socialiste révolutionnaire Duval (si si je vous jure, à la base les socialistes sont révolutionnaires) tentent de convaincre la garde nationale d’attaquer Versailles au plus vite. Le Comité central choisit de délibérer plusieurs heures sur des points de détail. De discussions en palabres interminables, de motions en débats, on ne décide rien. L’occasion est perdue.

Pourtant, elle aurait eut des chances de réussir puisque les troupes parisiennes de la garde nationale disposent alors de 260 bataillons de 1500 combattants soit 400 000 combattants potentiels conte 40000 à Versailles. Thiers prendra le temps de reconstituer une véritable armée avec l’accord de Bismarck. Les effectifs de la Commune vont fondre petit à petit (on ne compte plus qu’environ 50000 combattants fin avril, 12000 à 15000 décidés à se battre jusqu’au bout de la dernière décade de mai). Ceux de Versailles vont se renforcer, sans discussion..

 

Cela s’est passé un 20 mars

Le 20 mars 1986. Jacques Chirac devient Premier ministre, dans le cadre d’une cohabitation avec le PS de François Mitterrand.

Aux élections législatives de mars 1986, François Mitterrand tente de limiter une éventuelle poussée de la droite républicaine en soutenant le Front National : « le FN, c’est la boule que Mitterrand jette dans le jeu de quilles de la droite ». Le tout en sous-marin, le bougre, décoré de la Francisque rappelons-le, n’en étant pas à sa première compromission avec le fascisme. La manœuvre a un succès mitigé puisqu’elle ne suffit pas à enrayer la victoire de la droite traditionnelle et la cohabitation. Jacques Chirac, chef du RPR, devient Premier ministre.

jacques-chirac-et-francois-mitterrand

Les 35 députés remuant du FN ne peuvent entraver l’action du gouvernement, d’autant que certains propos laissent l’opinion perplexe. Dans une interview au  Grand Jury RTL, du 13 septembre 1987, Jean-Marie Le Pen, leader du Front national, se lâche : « Je suis passionné par l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont jamais existé. Je n’ai pas pu moi-même en voir. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale ». L’interviewer s’étonne : « Six millions de morts, c’est un point de détail ? ». Et Jean-Marie Le Pen de répondre : « Si, c’est un point de détail de la guerre ».

>> Extrait de l’interview <<

Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations

Auteur : Raoul Vaneigem

Titre : Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations

Date : 1992

Tags : politique ; économie ; sociologie ; anti-capitalisme

traité de savoir vivre

Résumé  :

« Le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations marque l’émergence, au sein d’un monde en déclin, d’une ère radicalement nouvelle.
Au cours accéléré qui emporte depuis peu les êtres et les choses, sa limpidité n’a pas laissé de s’accroître. Je tiens pour contraire à la volonté d’autonomie individuelle le sentiment, nécessairement désespéré, d’être en proie à une conjuration universelle de circonstances hostiles. Le négatif est l’alibi d’une résignation à n’être jamais soi, à ne saisir jamais sa propre richesse de vie.
J’ai préféré fonder sur les désirs une lucidité qui, éclairant à chaque instant le combat du vivant contre la mort, révoque le plus sûrement la logique de dépérissement de la marchandise. »

 

Extraits choisis :

La souffrance de l’aliénation naturelle a fait place à la souffrance de l’aliénation sociale, tandis que les remèdes devenaient des justifications. Où la justification manque, les exorcismes suppléent. Mais aucun subterfuge ne dissimule désormais l’existence d’une organisation de la souffrance, tributaire d’une organisation sociale fondée sur la répartition des contraintes. La conscience réduite à la conscience des contraintes est l’antichambre de la mort. Le désespoir de la conscience fait les meurtriers de l’ordre, la conscience du désespoir, les meurtriers du désordres.


L’obligation à produire aliène la passion de créer. Le travail productif relève des procédés de maintien de l’ordre. Le temps de travail diminue à mesure que croît l’empire du conditionnement. (…)
De la force vive déchiquetée brutalement à la déchirure béante de la vieillesse, la vie craque de partout sous les coups du travail forcé. Jamais une civilisation n’atteignit à un tel mépris de la vie ; noyée dans le dégoût, jamais une génération n’éprouva à ce point le goût enragée de vivre. (…) Déjà se constitue le front contre le travail forcé, déjà les gestes de refus modèlent la conscience future.Tout appel à la productivité est, dans les conditions voulues par le capitalisme et l’économie soviétisée, un appel à l’esclavage. (…)
Le tripalium est un instrument de torture. Labor signifie « peine ». Il y a quelque légèreté à oublier l’origine des mots « travail » et « labeur ». (…) La bourgeoisie ne domine pas, elle exploite.


Le capitalisme a démystifié la survie. Il a rendu insupportable la pauvreté de la vie quotidienne confrontée à l’enrichissement des possibilités techniques. La survie est devenue une économie de la vie. La civilisation de la survie collective multiplie les temps morts de la vie individuelle, si bien que la part de mort risque de l’emporter sur la survie collective elle-même. A moins que la rage de détruire ne se reconvertisse en rage de vivre.


La pouvoir est l’organisation sociale par laquelle les maîtres entretiennent les conditions d’esclavage. Dieu, l’État, l’Organisation : ces trois mots montrent assez ce qu’il y a d’autonomie et de déterminisme historique dans le pouvoir. Trois principes ont exercé successivement leur prépondérance : le principe de domination (pouvoir féodal), le principe d’exploitation (pouvoir bourgeois), le principe d’organisation (pouvoir cybernétisé). L’organisation sociale hiérarchisée s’est perfectionnée en se désacralisant et en se mécanisant, mais ses contradictions se sont accrues. Elle s’est humanisée à mesure qu’elle vidait les hommes de leur substance humaine. Elle a gagné en autonomie aux dépens des maîtres (les dirigeants sont aux commandes, mais ce sont les leviers qui les gouvernent). Les chargés de pouvoir perpétuent aujourd’hui la race des esclaves soumis (…) Ils ont perdu jusqu’au plaisir malsain de dominer. Face aux maîtres-esclaves se dressent les hommes du refus, le nouveau prolétariat, riche de ses traditions révolutionnaires.

 

Cela s’est passé un 18 mars

Le 18 mars 1871. Débuts de la Commune de Paris.

Les révolutions et les guerres sont propices à tous les débordements et à toutes les inepties, dans un camp comme dans l’autre. Les tragiques événements de la Commune de Paris n’y échappent pas. La première boulette (mais en était-ce bien une ?) vient d’Adolphe Thiers, 73 ans, chef du gouvernement provisoire de la République qui décide, le 18 mars, de faire enlever les 400 canons entreposés à Paris (pour les mettre hors d’atteinte des Prussiens lors de leur entrée dans la capitale). Il y en a 171 sur les terrains vagues de la butte Montmartre, les autres sont laissés à l’abandon aux Buttes-Chaumont et à Belleville.

Les Parisien.ne.s s’estiment propriétaires de ces pièces d’artilleries dont iels craignent qu’elles soient remises aux Prussiens. Thiers a-t-il voulu provoquer la capitale pour mieux la reprendre en main et en finir avec l’insurrection larvée des quartiers populaires ? Toujours est-il que l’affaire a tôt fait de se compliquer dans l’atmosphère agitée d’alors.

Première bavure, la colonne du général Lecomte, envoyé par Thiers et composée de 4000 soldats, arrive à 6 heures du matin ce 18 mars et se trouve nez à nez avec la sentinelle Turpin qui demande réglementairement un papier officiel d’enlèvement des canons. Plutôt que de parlementer, un soldat lui tire dessus. La nouvelle se répand comme un feu de paille : « On a tiré sur le peuple, on a tué un de ses fils ! » – qui d’ailleurs n’est pas encore mort.

La révolutionnaire Louise Michel accourt, suivie de Clemenceau affublé de son écharpe tricolore de maire. Ce dernier demande de faire transporter le blessé à l’hôpital. Lecomte refuse, allez savoir pourquoi. Louise Michel dégringole alors la rue Lepic en ameutant les habitants : « Trahison ! » hurle-t-elle.

La ville se réveille à peine, les militaires pourraient encore s’emparer des canons. Mais ces derniers ont oublié les chevaux pour les déménager.. Il en faut 4 à 6 par pièce, soit mille chevaux pour la seule butte Montmartre. Lorsqu’ils arrivent enfin à 8 heures, le tocsin sonne partout à tout rompre, les tambours battent le rappel, la foule est dans les rues. Pour une surprise, c’est raté !

Afin de disperser la cohue déjà compacte, Lecomte fait mettre une mitraillette en batterie. Après trois sommations, il donne l’ordre de tirer. Rien. Il se retourne et constate que les soldats lèvent la croisse en l’air puis fraternisent avec les insurgé.e.s. Le général Lecomte est arrêté, ainsi que le général Thomas. Clemenceau essaie en vain de calmer la foule déchaînée. Le général Thomas est entraîné à quelques pas, fusillé par 10 ou 12 coups, aux alentours de 17 heures. Ce ne fut pas un feu de peloton, mais des coups isolés, tirés les uns après les autres. Le général Lecomte subit, quelques minutes après, le même sort, de la même manière. Les cadavres sont frappés à coups de pied et à coups de crosse. Clemenceau lui-même est insulté et menacé. Il échappe de peu au lynchage.

Une barricade près de Charonne, le 18 mars 1871, bibliothèque historique de la ville de Paris

Des émeutes se produisent au même moment en d’autres quartiers de Paris. Adolphe Thiers renonce à les réprimer. Peut-être juge-t-il l’entreprise trop risquée avec 30000 soldats à la fidélité incertaine face aux 150000 hommes de la garde nationale. Il ordonne donc à l’armée et aux corps constitués d’évacuer sur le champ la capitale. L’évacuation commence avant même le meurtre des généraux Lecomte et Thomas. Elle est achevée le soir même.

Raoul Vaneigem, Avertissement aux écoliers et lycéens

Titre : Avertissement aux écoliers et lycéens

Auteur : Raoul Vaneigem

Date : 1995

Tags : éducation ; émancipation ; autonomie ; liberté ; vie ; populaire.

avertissement aux écoliers et lycéens

Résumé :

« Lorsque l’école et le lycée se comportent comme des entreprises, que les élèves sont traités comme des clients, incités non à apprendre mais à consommer, il est salutaire de rappeler que l’éducation appartient à la création de l’homme, non à la production des marchandises. Loin des critiques réductrices du systèmes éducatif, l’auteur du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations étudie et dénonce l’aliénation qui s’empare des élèves et des enseignants et montre ce que l’école pourrait être : un lieu d’autonomie, de savoir et de création. »

Extraits choisis :

Aucun enfant ne franchit le seuil d’une école sans s’exposer au risque de se perdre ; je veux dire de perdre cette vie exubérante, avide de connaissances et d’émerveillements, qu’il serait si exaltant de nourrir, au lieu de la stériliser et de la désespérer sous l’ennuyeux travail du savoir abstrait. Quel terrible constat que ces regards brillants soudain ternis !


Une école où la vie s’ennuie n’enseigne que la barbarie

Le monde a changé davantage en trente ans qu’en trois mille. Jamais – en Europe de l’Ouest tout au moins – la sensibilité des enfants n’a autant divergé des vieux réflexes prédateurs qui firent de l’animal humain la plus féroce et la plus destructrice des espèces terrestres. Pourtant, l’intelligence demeure fossilisée, comme impuissante à percevoir la mutation qui s’opère sous nos yeux (…).

Notre système éducatif s’enorgueillit à raison d’avoir répondu avec efficacité aux exigences d’une société patriarcale jadis toute-puissante ; à ce détail près qu’une telle gloire est à la fois répugnante et révolue. (…)

Odieuse hier, l’école n’est plus que ridicule. Elle fonctionnait implacablement selon les rouages d’un ordre qui se croyait immuable. Sa perfection mécanique brisait l’exubérance, la curiosité, la générosité des adolescents afin de les mieux intégrer dans les tiroirs d’une armoire que l’usure du travail changeait peu à peu en cercueil. Le pouvoir des choses l’emportait sur le désir des êtres.  (…)

Les pédagogues dissertaient sur l’échec scolaire sans se préoccuper de l’échiquier où se tramait l’existence quotidienne, jouée à chaque pas dans l’angoisse du mérite et du démérite, de la perte et du profit, de l’honneur et du déshonneur. Une consternante banalité régnait dans les idées et les comportements : il y avait les forts et les faibles, les riches et les pauvres, les rusés et les imbéciles, les chanceux et les infortunés. (…)

L’école est au centre d’une zone de turbulence où les jeunes années sombrent dans la morosité, où la névrose conjuguée de l’enseignant et de l’enseigné imprime son mouvement au balancier de la résignation et de la révolte, de la frustration et de la rage. Elle est aussi le lieu privilégié d’une renaissance. Elle porte en gestation la conscience qui est au cœur de notre époque : assurer la priorité au vivant sur l’économie de survie. (…)

Nous ne voulons plus d’une école où l’on apprend à survivre en désapprenant à vivre. (…) L’heure est venue de miser sur la passion irrépressible du vivant, de l’amour, de la connaissance, de l’aventure.

Que l’enfance se soit prise au piège d’une école qui a tué le merveilleux au lieu de l’exalter indique assez en quelle urgence l’enseignement se trouve, s’il ne veut pas sombrer plus avant dans la barbarie de l’ennui, de créer un monde dont il soit permis de s’émerveiller. (…) Mettre l’école sous le signe de la compétitivité, c’est inciter à la corruption, qui est la morale des affaires.


En finir avec l’éducation carcérale et la castration du désir

Quelle devrait être la préoccupation essentielle de l’enseignement ? Aider l’enfant dans son approche de la vie afin de lui apprendre à savoir ce qu’il veut et à vouloir ce qu’il sait. (…) L’inverse s’est produit. L’apprentissage s’est fondé sur la répression des désirs. (…)

Les anciens bâtiments scolaires ne laissent pas d’évoquer les pénitenciers. (…) L’opinion prévalait alors qu’il fallait pour s’instruire (…) apprendre à souffrir. Entrer dans l’âge adulte, n’était-ce pas renoncer aux plaisirs de l’enfance pour progresser dans une vallée de larmes, de décrépitude, de mort ? (…) Toutes ces connaissances assenées par contrainte et menace, en quoi vont-elles m’aider à me sentir bien dans ma peau, à vivre plus heureux, à devenir qui je suis ? (…) Et est-il si sûr que l’école ne reste pas, dans la lâcheté d’un assentiment général, un lieu de dressage et de conditionnement, auquel la culture sert de prétexte et l’économie de réalité ?

Partout où la prison, le ghetto, la carapace caractérielle imposent leur stratégie d’enfermement, l’élan du désespoir dresse le poing du casseur. La main de l’écolier se venge en mutilant tables et chaises, en maculant les murs de signes insolents (…), en sacralisant un vandalisme où la rage de détruire se paie du sentiment d’être détruit, violenté, mis à sac par le piège pédagogique quotidien.

Le mépris de soi et des autres est inhérent au travail d’exploitation de la nature terrestre et de la nature humaine. C’est pourquoi peu songent à s’indigner qu’il soit monnaie courante dans les échanges entre professeurs et élèves. (…) Ce qui est en jeu, c’est une refonte radicale de la société et d’un enseignement qui n’a pas encore découvert que chaque enfant, que chaque adolescent possède à l’état brut l’unique richesse de l’homme, sa créativité. (…) Ce qui importe, c’est de tout mettre en œuvre pour que l’enseignement garde en éveil cette curiosité si naturelle et si pleine de vie. (…) Si l’enseignement est reçu avec réticence, voire avec répugnance, c’est que le savoir filtré par les programmes scolaires porte la marque d’une blessure ancienne : il a été castré de sa sensualité originelle. (…)

Chacun possède sa propre créativité. Qu’il ne tolère plus qu’on l’étouffe en traitant comme un délit passible de châtiment le risque de se tromper. Il n’y a pas de fautes, il n’y a que des erreurs, et les erreurs se corrigent. (…)

L’institution scolaire appartient aux milieux d’affaires qui la voudraient gérer cyniquement, sans plus s’embarrasser du vieux formalisme humanitaire. Reste à savoir si les élèves et professeurs se laisseront réduire à la fonction de rouages lucratifs, si, n’augurant rien de bon de la gestion, à laquelle on les convie, d’un univers en ruines, ils ne gageront pas d’apprendre à vivre au lieu de s’économiser.  (…) Avez-vous jamais entrepris de substituer au rapport hiérarchique entre maîtres et élèves une relation fondée non plus sur l’obédience mais sur l’exercice de la créativité individuelle et collective ? (…) Rien ne tue plus sûrement que de se contenter de survivre.


Démilitariser l’enseignement

 L’esprit de caserne a régné souverainement dans les écoles. On y défilait au pas, obtempérant aux ordres de pions auxquels ne manquaient que l’uniforme et les galons. La configuration du bâtiment obéissait à la loi de l’angle droit et de la structure rectiligne. Ainsi l’architecture s’employait-elle à surveiller les écarts de conduite par la rectitude d’une austérité spartiate. (…) L’autorité presque absolue dont le maître est investi sert davantage l’expression de comportements névrotiques que la diffusion d’un savoir. La loi du plus fort n’a jamais fait de l’intelligence qu’une des armes de la bêtise. Beaucoup rechignent, sans doute, à n’avoir ainsi que le droit de se taire. (…)

L’autorité légalement accordée à l’enseignant prête un goût si amer à la connaissance que l’ignorance en arrive à se parer des lauriers de la révolte. Celui qui dispense son savoir par plaisir n’a que faire de l’imposer mais l’encasernement éducatif est tel qu’il faut instruire par devoir, non par agrément. (…) Il faudrait (…) faire de l’école un lieu où ne règnent ni autorité ni soumission, ni forts ni faibles, ni premiers ni derniers. (…) Le seul critère d’intelligence et d’action réside dans la vie quotidienne de chacun et dans le choix, auquel chaque instant le confronte, entre ce qui affermit sa propre vie et ce qui la détruit. (…) Apprendre à démêler ce qui nous rend plus vivant de ce qui nous tue est la première des lucidités, celle qui donne son sens à la connaissance. (…)

La vieille litanie familiale « Travailles d’abord, tu t’amuseras ensuite » a toujours exprimé l’absurdité d’une société qui enjoignait de renoncer à vivre afin de mieux se consacrer à un labeur qui épuisait la vie et ne laissait aux plaisirs que les couleurs de la mort.


Faire de l’école un centre de création du vivant, non l’antichambre d’une société parasitaire et marchande

[La Commission européenne] récidive avec un Livre vert sur la dimension européenne de l’éducation. Elle y précise qu’il faut, dès la maternelle, former des « ressources humaines pour les besoins exclusifs de l’industrie » et favoriser « une plus grande adaptabilité des comportements de manière à répondre à la demande du marché de la main-d’œuvre ». (…) Les gouvernements adhèrent à l’unanimité au principe « l’entreprise doit être axée sur la formation et la formation doit être axée sur les besoins de l’entreprise ». (…)

Quant à l’école, elle est appelée à servir de réserve pour les étudiants d’élite à qui est promise une belle carrière dans l’inutilité lucrative et les mafias financières. La boucle est bouclée : étudier pour trouver un emploi, si aberrant soit-il, a rejoint l’injonction de consommer dans le seul intérêt d’une machine économique qui se grippe de toutes parts. (…)

A vous – et à l’école nouvelle qui vous inventerez – d’empêcher que la créativité, objectivement stimulée par la promesse d’emplois d’utilité publique, ne s’enferre dans l’aliénation économique en se coupant de la création de soi. (…)

Si les hommes politiques nourrissaient à l’égard de l’éducation les bonnes intentions qu’ils ne cessent de proclamer, ne mettraient-ils pas tout en œuvre pour en garantir la qualité ? Tarderaient-ils à décréter les deux mesures qui déterminent la condition sine qua non d’un apprentissage humain : augmenter le nombre des enseignants et diminuer le nombre d’élèves par classe, en sorte que chacun soit traité selon sa spécificité et non dans l’anonymat d’une foule ? (…)

Au centre d’un vaste réseau d’irrigation drainant vers chaque élève la multiplicité des connaissances, l’éducateur aura enfin la liberté de devenir ce qu’il a toujours rêvé d’être : le révélateur d’une créativité dont il n’est personne qui ne possède la clé, si enfouie soit-elle sous le poids des contraintes passées.


Apprendre l’autonomie, non la dépendance

 Il n’y a pas d’enfants stupides, il n’y a que des éducations imbéciles. (…) Chacun possède ses qualités propres, il lui incombe seulement de les affiner pour le seul plaisir de se sentir en accord avec ce qui vit. Que l’on cesse donc d’exclure du champ éducatif l’enfant qui s’intéresse plus aux rêves et aux hamsters qu’à l’histoire de l’Empire romain. (…)

A l’encontre de tant de générations abruties qui firent de la sensibilité une faiblesse, dont beaucoup se prémunissaient en devenant sanguinaires, nous savons désormais que l’amour du vivant éveille une intelligence sans commune mesure avec l’esprit retors qui règne sur les univers totalitaires. Une éthique, fort estimable, du respect des êtres prescrit de ne pas tuer une bête, de ne pas abattre un arbre sans avoir tout entrepris pour l’éviter. Néanmoins, ce qu’une telle recommandation suppose d’artifice  et de contrainte n’emportera jamais la conviction comme la conscience que le préjudice qui se fait au vivant se fait à soi-même, si l’on n’y prend garde, parce que le vivant n’est pas un objet mais un sujet qui mérite d’être traité selon le droit imprescriptible de ce qui est né à la vie. (…)

L’éducation appartient à la création de l’homme, non à la production de marchandises. (…) La seule arme dont nous disposions est la volonté de vivre, alliée à la conscience qui la propage. Si l’on en juge par la capacité de l’homme à subvertir ce qui le tue, ce peut être une arme absolue. (…) L’enseignement se trouve dans l’état de ces logements inoccupés que les propriétaires préfèrent abandonner à la dégradation parce que l’espace vide est rentable et qu’y accueillir des hommes, des femmes, des enfants dépouillés de leur droit à l’habitat ne l’est pas. (…) Occupez donc les établissements scolaires au lieu de vous laisser approprier par leur délabrement programmé. Embellissez-les à votre guise, car la beauté incite à la création et à l’amour, au lieu que la laideur attire la haine et l’anéantissement. Transformez-les en ateliers créatifs, en centres de rencontres, en parcs de l’intelligence attrayante. Que les écoles soient les vergers d’un gai savoir. (…)

C’est aux collectivités d’élèves et de professeurs que reviendra la tâche d’arracher l’école à la glaciation du profit et de la rendre à la simple générosité de l’humain. Car il faudra tôt ou tard que la qualité de la vie accède à la souveraineté que lui dénie une économie réduite à vendre et à valoriser sa débâcle.

Raoul Vaneigem, Entre le deuil du monde et la joie de vivre

Titre : Entre le deuil du monde et la joie de vivre

Auteur : Raoul Vaneigem

Date : 2008

Tags : liberté ; vie ; humanité ; travail ; argent ; émancipation

Entre le deuil du monde et la joie de vivre

Résumé :

N’ayant jamais pris la contestable liberté de parler au nom des autres, j’entends ici, comme je l’ai toujours fait, me référer à ma seule expérience personnelle. L’expérience vécue, quand elle ne se donne pas pour exemplaire mais s’interroge sur ses errements afin d’en tirer l’esquisse d’un bonheur à inventer, reste la pierre de touche de ce qui s’entreprend en faveur d’une société plus humaine. Dans ce livre de « mémoires » collectives et personnelles, Raoul Vaneigem évoque, quarante ans après le mouvement des occupations du printemps 68, les prémices de cet « embrasement au coeur multiple » puis sa récupération insidieuse par le spectacle culturel et contre-culturel. Il dresse, à cette occasion, un bilan de sa participation au groupe situationniste, non sans faire la part de certains errements propres à tout projet insurrectionnel, écartelé entre pulsion de mort et instinct de vie.

Extraits choisis :

L’ironie de notre époque, c’est que, trois siècles après avoir été résolument déicide, trois siècles après avoir établi, avec les Droits de l’homme, la base de nos libertés formelles, le libre-échange resserre son étau mortel autour de la planète et pressure de son despotisme les reste d’une vie, réfractaire à l’état de marchandise.


J’avais beau éprouver le plaisir de prodiguer à des élèves, avec qui j’entretenais une relation d’affection et de complicité, un enseignement où la curiosité déterminait la connaissance, je détestais le cadre et la mesquinerie bureaucratiques dans lesquels mon exubérance était confinée et vouée à se meurtrir. Telle était la « dure réalité des choses » comme disent, à défaut de la vouloir changer, les résignés et les crétins.


Nous sommes les misérables héritiers d’un pouvoir patriarcal qui, dès l’installation des États-cités, a imposé le despotisme et la marchandise, le travail, chargé de la produire et de la sacraliser, et le mépris de la vie sacrifiée à la survie.
(…)
je ne prétends pas que nul avant moi n’ait pris conscience de l’imposture qui consiste à confondre la vie et la survie. Je refuse simplement de prêter des ailes à une existence qui les rogne en les réduisant aux moignons de l’espérance et aux envols simulés.
(…)
Afin d’écourter le périple du retour à la maison, lequel comportait une kyrielle d’estaminets, ma mère me dépêchait certains jours au Café de la Gare, où les cheminots, après y avoir officié au départ de chaque train, célébraient dès 17 heures la fin illusoire et pathétique d’une aliénation qui, hélas, ne cesserait pas pour autant.
Peut-être me suis-je ainsi pénétré de cette réalité qui, sous ses dehors anodins, résume l’intolérable sort auquel condamne notre civilisation de boutiquiers : l’enfant joue, l’homme travaille.


Notre époque a damé le pion aux religions en faisant de la fatigue, du déclin, de la déchéance, de la mort imminente une valeur marchande. Plus l’existence s’évide, plus elle est lucrative. L’inaccomplissement motive les frénésies du profit à court terme.
Le rêve de changer la vie en changeant de monde s’est enseveli dans un cauchemar où règne l’absurde certitude de n’être rien de ce que l’on est, de se battre aux côtés de ceux qui nous combattent, d’être la proie des ombres dans une société de prédateurs.
(…)
Une novlangue triomphe. Forgée par le bolchévisme, puis affûtée par les folliculaires du capitalisme mondial, elle a permis aux exploités d’accéder, par sollicitude sémantique, au statut de « personnes à revenu modeste ».


Le travail n’est plus qu’une combinazzion, parmi tant d’autres, d’où découle un profit. Il est cette criminalité de bon aloi propageant l’ennui qui tue, dénaturant l’homme et le rendant haïssable à soi et à ses semblables. La passion de l’argent éviscère la passion de la vie.
(…)
Seul l’argent travaille et fait travailler. Des banlieues pauvres aux ghettos de riches, la cupidité enrage, insensibilise, assassine. L’avidité des prédateurs et la peur qu’ils suscitent déformes les corps et les consciences.
(…) En vidant graduellement l’existence de ses derniers enchantements, l’ennui est devenu source de profit. L’argent, c’est la passion qui reste quand toutes les autres ont disparu, celle qui les dévore si elles renaissent.


L’émergence d’une civilisation agraire et marchande a brutalement freiné l’évolution de l’homme. Elle l’a dévoyée vers l’inhumanité en occultant une conscience qui, inspirée par la généreuse profusion de la nature, n’avait nulle raison de la mettre au pillage. Nous sommes restés captifs d’un travail de prédation qui nous maintient à un stage régressif, en entravant le développement de la vie. (…) Parce qu’elle est une vie par défaut, la survie ne croît qu’à l’ombre de la mort


Je privilégie aujourd’hui le vieux principe libertaire : « Ne nous groupons que par affinité ». Je ne fréquente, selon l’expression d’un de mes amis, que les gens de mon village, cette communauté où la générosité humaine va de soi et prime toute autre considération. (…) La table rase sur laquelle nous voulions bâtir une société et une civilisation nouvelles est une triste table vide, balayée par le vent des affaires. Elle sert de base à une idéologie qui consomme la ruine de toutes les autres : le nihilisme. Le nihilisme règne sans partage. Nous sommes entrés dans l’ère du rien et de son spectacle, qui occulte la conscience d’un dépassement possible. (…) L’esprit de mort triomphe en maniant la grande faux de la dévastation planétaire sous le regard léthargique des foules énervées. (…) L’indifférence envers la mort ne relève pas du stoïcisme mais d’un nihilisme inhérent à la dictature du profit. (…) Rien ne lubrifie si efficacement le mécanisme par lequel la joie de vivre s’inverse en réflexe de mort que le désespoir existentiel qui suinte du pressoir planétaire. Et que font les esprits lucides ? Essaient-ils de briser la machine ? Non, ils expliquent comment progresse le trou d’écrou, de quelle façon la vis se resserre, à quel degré de pression la vie quotidienne s’éclate et saigne.


Le travail, dont nous avons toujours prôné le refus, exerce aujourd’hui un double effet de nuisance par son absurdité et par sa raréfaction. Ceux qui célèbrent sa vertu et font miroiter, en garantissant plus d’emplois, l’espérance d’un bonheur consommable, sont les mêmes qui ferment les usines parce que les actionnaires tirent un moindre profit du travail que de la Bourse. (…)
La malédiction du chômage, c’est qu’il perpétue la malédiction du travail. (…) La raréfaction d’un travail qui privilégiait la survie sur la vie ajoute au malaise la menace de manquer des plus rudimentaires moyens de subsistance. A défaut de privilégier la vie et son inventivité, les travailleurs, exclus du marché par le patronat boursicoteur, persistent à la sacrifier comme si, devenus à leur tour des actionnaires du vide, ils spéculaient sur leur propre existence.


Ce qui empêche aujourd’hui l’étincelle révolutionnaire, toujours à fleur de peau, de propager l’insurrection sociale ne tient pas à la puissance répressive des États – dont, soit dit en passant, la tentation épisodique d’expulser les nouvelles classes réputées dangereuses, constituées par les immigrés, caricature avec les mêmes traits ridicules et odieux de la tentative haussmannienne. Elle procède d’une dissolution méthodique de la conscience qui nourrissait et que la nourrissait la volonté d’un bouleversement radical. (…)
La construction d’habitations à loyer modéré dans la périphérie des villes aboutit, sous couvert de philanthropie, à chasser le prolétariat des centres urbains et à le reléguer dans des ghettos conçus moins pour désarmer la violence que pour la priver d’une conscience révolutionnaire.

Cela s’est passé un 11 mars

Le 11 mars 1793. Le massacre de Machecoul inaugure les guerres de Vendée.

Deux mesures révolutionnaires sont à l’origine de vives tensions en province. La première, décidée le 12 juillet 1790, est la Constitution civile du clergé dont les membres deviennent des fonctionnaires élus qui ont l’obligation de prêter serment de fidélité à la nation et à la loi. Le pape Pie VI condamne cette réforme, les évêques refusent le serment, le clergé se divise en prêtres jureurs (qui l’acceptent) et prêtres réfractaires qui sont persécutés. Les régions très catholiques comme la Bretagne rejoignent la contre-révolution.

La seconde mesure est la levée en masse décrétée le 24 février 1793. Elle provoque les révolte des paysans qui ne veulent pas quitter leur travail, notamment en Alsace, en Bretagne et dans le Massif central. Elles sont rapidement matées, sauf en Vendée, région qui se soulève le 3 mars 1793. La Convention traite les révoltés de rebelles et décide de mener une politique de terreur avec exécutions et destructions systématiques.

Dans le bocage du Bas-Poitou, les paysans pratiques leur religion avec pitié. les pratiques religieuses en Vendée étaient vivifiées alors qu’elles régressaient dans le reste de la France.  Le 10 mars 1793, ces paysans, échaudés par l’exécution de Louis XVI (21 janvier 1793) et les mesures antireligieuses des révolutionnaires parisien.ne.s; assaillent les autorités municipales.

Massacre_de_Machecoul

Le lendemain, 11 mars 1793, la population se rassemble et décide de marcher sur Machecoul, principale bourgade de l’endroit, où se tiennent la garde nationale et la commission de recrutement. A l’entrée du bourg, la foule armée de fourches fait face aux gendarmes et aux gardes nationaux. Ceux-ci, bien qu’au nombre de plusieurs centaines, prennent peur et refluent dans les rues. La foule les poursuit. Plusieurs gardes nationaux sont massacrés ainsi que quelques bourgeois, connus pour leurs sympathies républicaines. C’est le début des guerres de Vendée.

Les troupes républicains, un temps mis en difficulté, reprennent le dessus à l’automne 1793. Le victoire ne suffit pas à la Convention qui décide l’extermination des Vendéen.ne.s. La sauvagerie de cette répression provoque un mouvement de guérilla, la chouannerie, qui se répand dans tout l’Ouest. Au total, les massacres commis par les troupes révolutionnaires en Vendée ont fait 200000 mort.e.s.

 

Cela s’est passé un 10 mars

Le 10 mars 1906. Déflagration dans une mine de Courrières.

Le 7 mars 1906, un feu est découvert dans une fosse de Méricourt, près de Courrières; Un ingénieur décide de murer certaines galeries pour l’étouffer. Le dernier barrage est achevé le 9 mars, mais le feu n’est pas éteint. Le délégué mineur, Pierre Simon, alias Ricq, demande à ce que personne ne descende tant que l’incendie n’est pas éteint. La direction ne tient pas compte de cet avis pour ne pas retarder la production.

Le samedi 10 mars, à 6 heures 30 du matin, un terrible coup de grisou suivi d’un « coup de poussière de charbon » dévaste 110 kilomètres de galerie de houille à 380 mètres de profondeur. L’explosion est ressentie dans tous les villages alentour. Les secours s’organisent, mais l’air est irrespirable et plusieurs puits sont bouchés. On travaille à les désobstruer parmi les ferrailles tordues. 1800 mineur.se.s sont au fond. Des rescapé.e.s, des blessé.e.s, des mort.e.s sont remonté.e.s.

Le-Petit-Journal-676x1024

L’ingénieur général des Mines de l’État, arrivé sur place le 11 mars, affirme qu’il ne peut plus y avoir de survivant.e.s. Il est soutenu par la compagnie des mines qui ne veut pas arrêter l’exploitation dans les autres puits. A 22 heures, le 11 mars, l’opération de sauvetage est arrêtée. Le 30 mars, 20 jours après la déflagration, treize rescapé.e.s réussissent à ressortir par leurs propres moyens. Un quatorzième survivant est retrouvé le 4 avril.

Cela s’est passé un 9 mars

Le 9 mars 1762. Condamnation de Jean Calas.

Le 9 mars 1762, le parlement de Toulouse condamne Jean Calas à « avoir les membres brisés sur la roue » avant d’être étranglé et brûlé sur le bûcher : c’est qu’on savait s’amuser à l’époque.. Qu’a fait le bougre pour écoper d’un tel châtiment ?

CalasChapbook

Rien, si ce n’est d’être protestant et d’avoir perdu l’un de ses fils qui s’est pendu le 13 octobre 1761. La rumeur publique et la justice parlent de meurtre. Le père, commerçant de la ville, aurait voulu empêcher son fils de se convertir au catholicisme. Sans enquête ni avocat, Calas est arrêté et jugé. Avant d’être roué, Jean Calas est copieusement torturé.

Voltaire, qui a entendu parler du procès, croît d’abord l’accusation fondée. L’un des fils Calas rencontre le philosophe qui prend fait et cause en 1763 dans son ouvrage, Traité sur la tolérance. Les juges de France font cause commune avec leurs collègues de Toulouse. Mais Voltaire ameute l’opinion par une multitude de lettres envoyée depuis Ferney, où il réside à la frontière suisse, par mesure de sécurité : « C’est nous qui avons été persécuteurs, bourreaux, assassins ». En 1765, il réussit à faire réviser le procès. Le 9 mars, Jean Calas est entièrement réhabilité et la famille reçoit un dédommagement de 36000 livres.