Cela s’est passé un 8 mai

Le 8 mai 1945. Pendant qu’à Paris on fête la capitulation allemande, des massacres sont perpétrés à Sétif et Guelma, dans le département fRançais de Constantine, en Algérie de l’Est, entre le 8 mai et le 26 juin 1945.

Ces massacres auraient fait 1500 mort.e.s, selon le chiffre officiel donné par le préfet en accord avec l’armée ; mais plus vraisemblablement entre 20000 à 30000 au rythme de 400 à 500 par jour.

A la base de ces massacres, une rumeur : les musulman.e.s comploteraient pour obtenir l’indépendance. En fait, seul.e.s quelques intellectuel.le.s s’agitent avec prudence. Du côté des colons, il y a l’imbécilité sur fond de racisme crasse : le représentant local du parti socialiste met en garde contre « ces masses incohérentes d’indigènes pouilleux, l’écume à la bouche, prostituant l’Internationale« . Les Européen.ne.s craignent de leur côté une révolte générale provoquée par la disette aggravée par le marché noir.

Le 8 mai 1945, à Setif, une banderole est brandie dans un cortège de paysans qui se rend au monument aux morts : « Vive l’Algérie libre et indépendante ». Un inspecteur tire et tue le porte-drapeau. Des coups de feu, en soutien, partent du Café de fRance. La foule se disperse, s’en prenant aux Européen.ne.s qu’elle croise sur son chemin.  103 sont assassiné.e.s. Les messages affluent au gouvernement général, décrivant des « villages encerclés par les Arabes, pillés, en flamme ».

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Sans vérifier ces informations, les autorités déclenchent des mesures d’exception, disproportionnées : couvre-feu, bombardements par avion de tout rassemblement, tirs d’auto-mitrailleuses. Surtout, l’ancien préfet Achiary crée une milice de volontaires civils à qui il distribue des armes de guerre. L’hydre est lâchée. Alors que la plupart des Européen.ne.s, sidéré.e.s, se terrent, le secrétaire général de la CGT organisent la milice de Guelma qui arrête et fusille les musulmans qu’elle considère comme suspect, les pillant au passage.

 

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Cela s’est passé un 7 mai

Le 7 mai 1954. Les fRançais, défaits, capitulent à Diên Biên Phu (Vietnam);

Le général Navarre, nommé en mai 1953 commandant en chef des forces fRançaises en Indochine, assure qu’il mettre fin à la guerre en 18 mois. Installé dans son bureau climatisé de Saigon, arborant toutes les décorations sur son uniforme immaculé, il choisit d’établir un camp retranché dans le nord, à Diên Biên Phu. D’après lui, ce point d’ancrage des troupes  coupera les communications du Viêt-minh (contraction de Việt Nam Ðộc Lập Ðồng Minh Hội = « Front pour l’indépendance du Viêt Nam ») et lui interdira son commerce lucratif d’opium.

Cette opération nommée « Castor » est lancée le 20 novembre1953. Le commandement du camp est confié au colonel de Castries, un cavalier émérite qui oublie de réfléchir mais pas de se faire remarquer dans les réceptions en brisant des verres dont il mâche mes tessons (Oui oui !). Il affirme que l’idéal dans la vie, « c’est d’avoir un cheval à chevaucher, un ennemi à tuer, une femme dans son lit ». Macher des tessons de verre, c’est mal !

La localisation de Diên Biên Phu a pour seul avantage d’être à 13 km de la frontière laotienne. Mais elle présente le considérable inconvénient d’être dans une cuvette  cernée par des collines escarpées couvertes de jungle. Navarre ne tient pas compte des mises en garde. Il affirme que l’endroit est parfait pour des pistes d’atterrissage et que l’ennemi ne pourra y amener des pièces d’artillerie.

Mais le général Giap, commandant des troupes Viêt-minh, dispose de colonnes de coolies qui convoient les munitions à pied ou sur des bicyclettes chargées d’obus, le long de sentiers à flanc de falaise.

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11000 hommes du corps expéditionnaires fRançais sont parachutés ou débarqués. Des bunkers sont aménagés, auxquels le colonel de Castries, portant son éternel képi rouge de spahi, fait donner, entre deux mastication de tessons de verre, les noms de ses nombreuses maîtresses (Huguette, Claudine, Éliane…).

Pour tenir la position, les fRançais comptent sur le ravitaillement aérien. Le 13 mars 1954 à 17 heures, Giap, conseillé par des experts militaires chinois, et à la tête de 50000 hommes, lance une attaque éclair et pilonne les pistes d’atterrissage vite inutilisables. Cloués au sol par les tirs d’artillerie et les assauts au corps à corps, privés de relève, attendant en vain un soutien américain, les fRançais sont contraints à la reddition le 7 mai 1954, après avoir perdu 2300 hommes. 11700 ont été faits prisonniers. Les trois quarts meurent en captivité, sous les tortures dans des camps de « rééducation ». En juillet 1954, les accords de Genève sont signés et la fRance renonce à l’Indochine.

Cela s’est passé un 2 mai

Le 2 mai 1808. Soulèvement des Madrilènes contre l’occupation française.

Pour fermer au commerce anglais les ports du Portugal, de Barcelone et de Cadix, Napoléon décide, pour satisfaire ses ambitions capitalistes, d’intervenir en Espagne, pourtant pays allié. Il a aussi d’autres raisons : il est entre autres persuadé que le pays regorge d’or. Du haut de sa légendaire condescendance, Napoléon considère les Espagnol.e.s comme des attardé.e.s, pensant les manœuvres militaires à mener en ces termes : « C’est un enfantillage ; croyez-moi, cela finira vite ».

Le despote a aussi des ambitions dynastiques pour sa famille. Profitant du différend entre le roi Charles IV et son fils, Ferdinand, héritier du trône, Napoléon les convoque en avril 1808 à Bayonne. Il obtient de Charles qu’il lui cède ses droits au trône et de Ferdinand qu’il renonce à la couronne. La famille royale espagnole est placée en résidence surveillée. Joseph, frère aîné de l’Empereur, devient roi d’Espagne.

Mais le 2 mai 1808, les Madrilènes se soulèvent. Les troupes françaises d’occupation de Murat interviennent et répriment dans le sang. C’est le sens du Tres de Mayo peint par Goya.

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D’autres villes se révoltent. Le 18 juillet 1808, les 20000 hommes du général Pierre Dupont de l’Estang sont battus à Bailen. C’est la première défaite de l’armée impériale, considérée comme invincible. De quoi donner des idées aux autres pays d’Europe. L’Empereur doit retirer ses troupes d’Allemagne et venir en personne en novembre 1808.

Malgré quelques victoires, le conflit s’enlise face à la guérilla. Les Anglais, menés par Wellington, en profitent et pénètrent dans Madrid en août 1812. Le 11 décembre 1813, Napoléon doit restituer son royaume à Ferdinand. Napoléon le reconnaît à Sainte-Hélène : l’intervention, qui a retenu 300 000 soldats français en Espagne, fut la pire de ses erreurs.

Cela s’est aussi passé un 30 juin

Le 30 juin 1911. Arria Ly, dite Joséphine Goudon, publie dans La Rénovation morale un article intitulé « Vive Mademoiselle », dans lequel elle appelle à l’abstinence sexuelle pour libérer les femmes de la domination masculine. Le Rappel de Toulouse commente cette proposition en l’accusant de lesbianisme.

La réaction de Ly ne se fait pas attendre : elle envoie à Massat, rédacteur en chef du journal, deux témoins, deux femmes, pour une rencontre en duel. Massat n’est pas rassuré. Il sait que Ly s’est battue en duel en 1904 à Grenoble contre un médecin qu’elle accusait d’avoir provoqué la mort de son père par des traitements inappropriés. Le docteur Girard s’en est tiré avec une oreille déchiquetée d’un coup de pistolet.

Massat prétexte de sa qualité de « galant homme » et se défile; Ly l’accuse aussitôt de couardise » puis elle le gifle en public. Massat finit par s’excuser. Arria Ly gagne dans cette affaire le surnom de « la vierge au pistolet ».

Cela s’est passé un 9 avril

A l’automne 1831, les ouvriers canuts lyonnais protestent contre une baisse de leurs imposée par des négociants-banquiers, qui leur fournissent la matière première (la soie), et récupèrent le tissu fini. Je vous invite à consulter cet article sur la première révolte des canuts lyonnais (21 novembre 1831) pour plus d’information à ce sujet.

Alors que le gouvernement, qui avait repris la ville sans combat avec une armée de 20000 hommes, pensait le calme définitivement revenu, une nouvelle insurrection s’empare de Lyon, le 9 avril 1834. Les canuts lyonnais se soulèvent après que des meneurs aient été traduits en justice pour avoir dénoncé des baisses de salaires et fait grève.

Le ministre de l’Intérieur, Adolphe Thiers, laisse sournoisement les manifestants ériger des barricades, avant de faire donner la troupe. Méthodiquement, elle reconquit ainsi la ville. Contrairement à la première révolte des canuts de 1831, cette fois, les combats avec l’armée sont violents. On compte environ 600 morts et 10000 insurgés sont arrêtés et faits prisonniers, jugés et condamnés à la déportation ou à la prison.

La contestation n’est étouffée qu’en apparence, car le mouvement fait naître les grands mouvements sociaux du XIXème siècle industriel. La répression de cette seconde révolte des canuts de Lyon, du 9 au 15 avril 1834, est un prélude à la « Semaine sanglante » des 21 au 28 mai 1871, par laquelle le même Thiers mettra un terme à la Commune de Paris.

Raoul Vaneigem, Déclaration des droits de l’être humain

Auteur : Raoul Vaneigem

Titre : Déclaration des droits de l’être humain ; sous-titre : De la souveraineté de la vie comme dépassement des droits de l’homme

Date : 2001

Tags : liberté ; droits ; vie ; bonheur ; conscience

Déclaration droits être humain

Résumé :

« Il règne aujourd’hui, dans le monde, une situation similaire à l’état de la France à la veille de sa Révolution, et le propos de Barnave demeure pertinent, qui saluait ainsi la Déclaration du 26 août 1789 :  » Il est indispensable de faire une Déclaration des droits pour arrêter les ravages du despotisme « . Cependant, l’histoire des libertés accordées à l’homme n’ayant cessé de se confondre avec l’histoire des libertés accordées par l’homme à l’économie, nous ne pouvons plus nous contenter de licences issues du libre-échange, alors que la libre circulation des capitaux fonde une tyrannie qui réduit l’homme et la terre à une marchandise. Nous refusons de nous satisfaire des droits abstraits que nous abandonne une société où l’emprise économique abstrait l’homme de lui-même.

Le temps est venu d’accorder la primauté à l’individu concret plutôt qu’à l’Homme en soi et à sa version citoyenne, commanditée par l’État. Les droits de l’être humain ne sont pas des droits acquis mais des droits à conquérir ; ils n’entrent dans aucune forme contractuelle et n’impliquent aucun devoir ; ils jettent les bases d’un style de vie en complète rupture avec une organisation sociale qui a économisé l’homme, le condamnant à la violence, à l’ennui et à l’absurdité d’une existence précaire.

La Déclaration des droits de l’être humain n’est qu’un signe, parmi d’autres, des progrès de la conscience et de l’émergence d’une civilisation où, pour la première fois dans l’histoire, chacun va tenter de créer sa propre destinée en recréant le monde. « 

Extraits choisis :

I- Critique de la déclaration des droits de l’homme

Les droits de l’homme se paient par des devoirs que fixe un contrat social immanent. Celui-ci impose à chaque individu d’acquitter le prix de sa survie aléatoire, en agréant un pouvoir supérieur auquel il est tenu d’obéir et dont il a pour mission d’accroître le profit. (…) A mesure que l’économie d’exploitation a étendu son emprise totalitaire au monde entier, elle a atteint un mode de survie autonome, que la reproduction du capital spéculatif suffit à lui assurer et qui suggère qu’à la limite elle peut se passer des hommes. (…) Le droit de survie, concédé à quiconque se l’approprie « à la sueur de son front », agit avant tout comme un sursis et un recours contre la condamnation à mort que l’économie prononce à l’endroit de celui qui ne travaille pas à en accroître la puissance.

II- Les libertés marchandes esquissent et nient les libertés humaines

La déclaration des droits de l’homme et du citoyen, adoptée par l’Assemblée nationale française le 26 août 1789 (…) met fin juridiquement à l’Ancien Régime et inaugure un règne où les libertés sèmeront sans cesse les germes d’une subversion, qu’écrasera avec une égale opiniâtreté l’expansion économique qui en fut l’instigatrice. La première partie de l’article 1er « Les hommes naissent libres et égaux en droit » révoque à jamais l’odieux privilège de naissance des prétendus aristocrates (…) L’usage légitime que les régimes bourgeois et bureaucratiques ont tiré de la seconde partie « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » en a fait le modèle d’une honteuse hypocrisie (…) L’esclavage légal que perpétue le travail salarié n’a pas été, à ce jour, aboli.

III- Il n’y a pas de droits acquis, il n’y a que des droits à conquérir

Si l’humanisme remplace l’homme au centre de l’univers, c’est au cœur d’un monde qui l’aliène. le mot lui-même exhale un relent d’hypocrisie : il est payé par la marchandise à visage humain pour oublier qu’elle grave son inhumanité dans la chair de celui qui la produit. (…) Le contrat social selon lequel l’État accorde à l’homme un statut de citoyen relève d’un marché de dupe conforme à l’esprit du commerce. L’État possède en fait tous les droits et se trouve en position de n’en céder aucun, s’il le juge utile. (…) L’humanisme est le culte de l’homme aliéné. Supposés nous prémunir contre tout ce qui entreprend de les violer, les droits de l’homme sanctionnent de facto le caractère oppressif d’une communauté dont les intérêts lèsent ou contrarient ceux de ses membres.

IV- Des droits sans devoirs à la création d’un style de vie

S’il règne dans le monde entier une situation similaire à l’état de la France à la veille de sa révolution, nous ne pouvons nous borner à revendiquer des libertés qui sont issues du libre-échange, alors que la libre circulation des capitaux est désormais la forme totalitaire d’un système qui réduit l’homme et la terre à une marchandise. (…)
Les droits de l’être humain s’inscrivent dans une dialectique de vie en rupture avec la dialectique de mort qui a prévalu jusqu’à nos jours. Se souvenir de vivre abolit le temps du memento mori, « souviens-toi que tu dois mourir ».
Les droits de l’être humain prêtent une forme sociale à la conscience du vivant en tant qu’organisation humaine de la nature.
La seule manière de combattre le pire, c’est de s’obstiner à vouloir le meilleur.

V- Les droits

Article premier – Tout homme à le droit de devenir humain et d’être traité comme tel.
1. Un homme ne vaut ni par sa naissance, ni par son pouvoir, ni par son avoir. Son humanité fait sa seule valeur. Elle est la qualité dont découlent toutes les autres.
(…) La vie a été la matière première que le travail de l’homme économisé transforme en marchandise. Le projet de la dépouiller de sa corruption et de la transmuter en destinées particulières s’inscrit dans le devenir de l’humanité.

Article 2 – Tout être humain à le droit à la vie
(…)
2. Rien n’entre dans un projet de vie sans impliquer un dépassement de la survie, c’est-à-dire de la vie économisée. Le droit de vivre révoque le contrat social et existentiel imposé au nom de la survie de l’espèce et fonde le bien commun sur le bonheur des individus. A mesure que l’économie d’exploitation découvre son terme et son accomplissement dans le règne absolu de la marchandise, le droit de vivre devient aussi le seul garant de la survie de la terre et de ses espèces. (…)
3. Le droit à la vie n’est donné que dans la mesure où il est sans cesse conquis. La vie d’un seul est la vie de tous. (…)
4. Les droits de vivre excluent les droits que la mort s’est arrogée jusqu’à présent en perpétuant l’esprit de fatalité et la résignation aux lois de la prétendue nécessité. Il n’y a pas de liberté d’opprimer, de tourmenter, de tuer, de maltraiter, d’affamer, de contraindre, de subordonner, de mépriser, de juger, de détruire…

Titres du reste de l’ouvrage

Article 3 – Tout être humain a droit à l’indépendance

Article 4 – Tout être humain a droit au savoir

Article 5 – Tout être humain a droit au bonheur

Article 6 – Tout être humain a droit à la libre disposition de son temps

Article 7 – Tout être humain a droit de se déplacer où et comme il l’entend

Article 8 – Tout être humain a droit à la gratuité des biens utiles à la vie
Article 8a – Tout être humain a droit de disposer d’un logement accordé à ses désirs
Article 8b – Tout être humain a droit à une nourriture saine et naturelle
Article 8c – Tout être humain a droit à la santé
Article 8d – Tout être humain a droit au confort et au luxe
Article 8e – Tout être humain a droit à la gratuité des modes de transports mis en place par et pour la collectivité
Article 8f – Tout être humain a le droit de jouir gratuitement des ressources et énergies naturelles

Article 9 – Tout être humain a le droit d’exercer un contrôle permanent sur l’expérimentation scientifique afin de s’assurer qu’elle sert l’humain et non la marchandise

Article 10 – Tout être humain a droit à la jouissance de soi, des autres et du monde
Article 10a1 – Tout être humain a droit à l’alliance avec soi
Article 10a2 – Tout être humain a le droit d’être lui-même et de cultiver la conscience de sa singularité
Article 10a3 – Tout être humain a droit à l’authenticité
Article 10b1 – Tout être humain a droit à l’alliance avec ses semblables
Article 10b2 – Tout les êtres humains ont le droit de se grouper par affinité
Article 10b3 – Tout être humain a le droit de substituer aux gouvernements étatiques une fédération mondiale de petites collectivités locales où la qualité des individus garantisse l’humanité des sociétés
Article 10c – Tout être humain a droit à l’alliance avec la nature
Article 10d – Tout être humain a le droit de réconcilier avec sa part d’animalité

Article 11 – Tout être humain a le droit de se construire sa propre destinée

Article 12 – Tout être humain a le droit de créer et de se créer

Article 13 – Tout être humain possède le droit de singérer et d’intervenir partout où le progrès de l’humanité est dépassé

Article 14 – Tout être humain a droit d’incliner vers la vie ce qui fut tourné vers la mort

Article 15 – Tout être humain a le droît d’améliorer son environnement afin d’y vivre mieux

Article 16 – Tout être humain a droit aux égards dus à sa sensibilité

Article 17 – Tout être humain a le droit d’éprouver les mouvements d’affection et de désaffection inhérents à la motilité des passions et aux libertés de l’amour

Article 18 – Tout être humain a droit à une vie et à une mort naturelles

Article 19 – Tout être humain a le droit de fonder la diversité de ses désirs sur la pluralité de la vie

Article 20 – Tout être humain a le droit de s’adonner à l’activité ou au repos

Article 21 – Tout être humain a droit à la paresse

Article 22 – Tout être humain a droit à l’effort et à la persévérance

Article 23 – Tout être humain a droit à son sentiment personnel de la beauté

Article 24 – Tout être humain a le droit de progresser et de régresser

Article 25 – Tout être humain a le droit d’errer, de se perdre et de se trouver

Article 26 – Tout être humain a le droit de vaincre la terreur et d’apprivoiser la peur

Article 27 – Tout être humain a le droit de refuser la menace

Article 28 – Tout être humain a le droit à l’erreur et à sa correction

Article 29 – Tout être humain a droit à une absolue liberté d’opinion et d’expression

Article 30 – Tout être humain a le droit de critique et de contredire ce qui paraît le plus assuré ou passe pour vérité élémentaire

Article 31 – Tout être humain a le droit de ne rien tenir pour sacré

Article 32 – Tout être humain a droit au changement

Article 33 – Tout être humain a droit à la distanciation

Article 34 – Tout être humain a droit aux plaisirs de chaque âge

Article 35 – Tout être humain a le droit de refuser la souffrance

Article 36 – Tout être humain a le droit de donner et de se donner sans se sacrifier

Article 37 – Tout être humain a le droit d’échapper à la frustration en remplaçant l’insatisfaction par l’insatiable

Article 38 – Tout être humain a droit à ses doutes et à ses incertitudes

Article 39 – Tout être humain a droit à l’excès et à la modération

Article 40 – Tout être humain a le droit de se divertir

Article 41 – Tout être humain a droit aux libertés du rêve et de l’imagination

Article 42 – Tout être humain a droit à la colère

Article 43 – Tout être humain a droit au bien-être du corps

Article 44 – Tout être humain a de se parer comme il l’entend

Article 45 – Tout être humain a droit à ses mensonges et à ses vérités

Article 46 – Tout être humain a droit de s’ouvrir et de se ferme au monde

Article 47 – Chaque être humain a le droit d’exprimer ou de taire ses émotions, ses désirs, ses pensées

Article 48 – Tout être humain a le droit d’accéder à l’expression artistique

Article 49 – Tout être humain a droit au libre exercice de la bonté

Article 50 – Tout être humain a droit à l’innocence

Article 51 – Tout être humain a de miser sur la violence du vivant pour parer aux violences de la mort

Article 52 – Tout être humain a le droit de rendre à la volonté de vivre l’énergie vitale usurpée par la volonté de puissance

Article 53 – Tout être humain a le droit de protéger et d’être protégé

Article 54 – Tout être humain a le droit d’engendrer des enfants pour son bonheur et pour le leur

Article 55 – Tout être humain a le droit de désirer ce qui paraît au delà du possible

Article 56 – Tout être humain a le droit de gouverner ses humeurs, caprices et lubies sans avoir ni à les imposer aux autres ni à subir ceux de ses semblables

Article 57 – Tout être humain a droit à la poésie de l’existence.

Article 58 – Tout être humain a le droit de jouer et de se jouer des comportements et des valeurs du vieux monde

Cela s’est passé un 25 mars

Le 25 mars 1871. Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif, abandonne Paris aux Communard.e.s.

Thiers et le gouvernement au complet se trouvent ce jour-là à Paris, au Quai d’Orsay, dont les grilles sont ouvertes et mal gardées par quelques factionnaires. L’émeute menace l’Hôtel de Ville. Les insurgé.e.s n’auraient qu’à franchir la Seine pour s’emparer du chef de l’État et des ministres Jules Favre, Jules Simon et les autres. Iels n’y pensent tout simplement pas, ce qui donne au gouvernement le temps de fuir.

Thiers donne l’ordre d’évacuer la capitale, d’abandonner les ministères, de replier à l’ouest les 30000 à 40000 soldats fidèles, puis il se sauve par un escalier dérobé, s’engouffre dans une calèche et s’enfuit jusqu’à Versailles.

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Paris est aux mains de ce.lle.ux que l’on appelle « les fédéré.e.s », car iels forment des bataillons fédérés au sein d’un Comité central. Ces jusqu’au-boutistes sont opposé.e.s à l’armée régulière ainsi qu’aux maires et aux députés républicains de la capitale. De tendance libertaire, iels élisent leurs responsables à tous les niveaux et rejettent toute hiérarchie.

Alors que l’officiel Brunel et le militant socialiste révolutionnaire Duval (si si je vous jure, à la base les socialistes sont révolutionnaires) tentent de convaincre la garde nationale d’attaquer Versailles au plus vite. Le Comité central choisit de délibérer plusieurs heures sur des points de détail. De discussions en palabres interminables, de motions en débats, on ne décide rien. L’occasion est perdue.

Pourtant, elle aurait eut des chances de réussir puisque les troupes parisiennes de la garde nationale disposent alors de 260 bataillons de 1500 combattants soit 400 000 combattants potentiels conte 40000 à Versailles. Thiers prendra le temps de reconstituer une véritable armée avec l’accord de Bismarck. Les effectifs de la Commune vont fondre petit à petit (on ne compte plus qu’environ 50000 combattants fin avril, 12000 à 15000 décidés à se battre jusqu’au bout de la dernière décade de mai). Ceux de Versailles vont se renforcer, sans discussion..

 

Cela s’est passé un 20 mars

Le 20 mars 1986. Jacques Chirac devient Premier ministre, dans le cadre d’une cohabitation avec le PS de François Mitterrand.

Aux élections législatives de mars 1986, François Mitterrand tente de limiter une éventuelle poussée de la droite républicaine en soutenant le Front National : « le FN, c’est la boule que Mitterrand jette dans le jeu de quilles de la droite ». Le tout en sous-marin, le bougre, décoré de la Francisque rappelons-le, n’en étant pas à sa première compromission avec le fascisme. La manœuvre a un succès mitigé puisqu’elle ne suffit pas à enrayer la victoire de la droite traditionnelle et la cohabitation. Jacques Chirac, chef du RPR, devient Premier ministre.

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Les 35 députés remuant du FN ne peuvent entraver l’action du gouvernement, d’autant que certains propos laissent l’opinion perplexe. Dans une interview au  Grand Jury RTL, du 13 septembre 1987, Jean-Marie Le Pen, leader du Front national, se lâche : « Je suis passionné par l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Je me pose un certain nombre de questions. Je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont jamais existé. Je n’ai pas pu moi-même en voir. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale ». L’interviewer s’étonne : « Six millions de morts, c’est un point de détail ? ». Et Jean-Marie Le Pen de répondre : « Si, c’est un point de détail de la guerre ».

>> Extrait de l’interview <<

Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations

Auteur : Raoul Vaneigem

Titre : Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations

Date : 1992

Tags : politique ; économie ; sociologie ; anti-capitalisme

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Résumé  :

« Le Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations marque l’émergence, au sein d’un monde en déclin, d’une ère radicalement nouvelle.
Au cours accéléré qui emporte depuis peu les êtres et les choses, sa limpidité n’a pas laissé de s’accroître. Je tiens pour contraire à la volonté d’autonomie individuelle le sentiment, nécessairement désespéré, d’être en proie à une conjuration universelle de circonstances hostiles. Le négatif est l’alibi d’une résignation à n’être jamais soi, à ne saisir jamais sa propre richesse de vie.
J’ai préféré fonder sur les désirs une lucidité qui, éclairant à chaque instant le combat du vivant contre la mort, révoque le plus sûrement la logique de dépérissement de la marchandise. »

 

Extraits choisis :

La souffrance de l’aliénation naturelle a fait place à la souffrance de l’aliénation sociale, tandis que les remèdes devenaient des justifications. Où la justification manque, les exorcismes suppléent. Mais aucun subterfuge ne dissimule désormais l’existence d’une organisation de la souffrance, tributaire d’une organisation sociale fondée sur la répartition des contraintes. La conscience réduite à la conscience des contraintes est l’antichambre de la mort. Le désespoir de la conscience fait les meurtriers de l’ordre, la conscience du désespoir, les meurtriers du désordres.


L’obligation à produire aliène la passion de créer. Le travail productif relève des procédés de maintien de l’ordre. Le temps de travail diminue à mesure que croît l’empire du conditionnement. (…)
De la force vive déchiquetée brutalement à la déchirure béante de la vieillesse, la vie craque de partout sous les coups du travail forcé. Jamais une civilisation n’atteignit à un tel mépris de la vie ; noyée dans le dégoût, jamais une génération n’éprouva à ce point le goût enragée de vivre. (…) Déjà se constitue le front contre le travail forcé, déjà les gestes de refus modèlent la conscience future.Tout appel à la productivité est, dans les conditions voulues par le capitalisme et l’économie soviétisée, un appel à l’esclavage. (…)
Le tripalium est un instrument de torture. Labor signifie « peine ». Il y a quelque légèreté à oublier l’origine des mots « travail » et « labeur ». (…) La bourgeoisie ne domine pas, elle exploite.


Le capitalisme a démystifié la survie. Il a rendu insupportable la pauvreté de la vie quotidienne confrontée à l’enrichissement des possibilités techniques. La survie est devenue une économie de la vie. La civilisation de la survie collective multiplie les temps morts de la vie individuelle, si bien que la part de mort risque de l’emporter sur la survie collective elle-même. A moins que la rage de détruire ne se reconvertisse en rage de vivre.


La pouvoir est l’organisation sociale par laquelle les maîtres entretiennent les conditions d’esclavage. Dieu, l’État, l’Organisation : ces trois mots montrent assez ce qu’il y a d’autonomie et de déterminisme historique dans le pouvoir. Trois principes ont exercé successivement leur prépondérance : le principe de domination (pouvoir féodal), le principe d’exploitation (pouvoir bourgeois), le principe d’organisation (pouvoir cybernétisé). L’organisation sociale hiérarchisée s’est perfectionnée en se désacralisant et en se mécanisant, mais ses contradictions se sont accrues. Elle s’est humanisée à mesure qu’elle vidait les hommes de leur substance humaine. Elle a gagné en autonomie aux dépens des maîtres (les dirigeants sont aux commandes, mais ce sont les leviers qui les gouvernent). Les chargés de pouvoir perpétuent aujourd’hui la race des esclaves soumis (…) Ils ont perdu jusqu’au plaisir malsain de dominer. Face aux maîtres-esclaves se dressent les hommes du refus, le nouveau prolétariat, riche de ses traditions révolutionnaires.